Cameroun – Couverture santé universelle : la longue attente
Depuis l’annonce de la couverture santé universelle par le Président de la République le 31 décembre dernier, l’idée est comme un pavé jeté dans une mare d’eau. La plate-forme d’Initiative de Recherche et d’Analyses pour le Développement Durable en Afrique Centrale (IRADDAC) a organisé un colloque portant sur les enjeux et perspectives de la noble cause. C’était, le 17 mars dernier à Yaoundé.
Cela fait exactement 11 mois, que le ministre de la Santé publique André Mama Fouda a évoqué le délicat sujet de la Couverture santé universelle. C’était le 12 mai 2017, au cours d’un point de presse. Huit mois plus tard, le président Paul Biya, au cours de son adresse à la nation, le 31 décembre 2017, est venu ressusciter cet épineux problème social. Jusqu’ici, pas l’ombre d’un geste. Le gouvernement traine la patte. Pourtant selon les statistiques actuelles, 100 millions de personnes sombrent dans la pauvreté à cause des dépenses de santé chaque année. Environ 32% des dépenses de santé sont à la charge des patients ou de leurs familles. « La couverture santé universelle est une vision ou une idéale qui veut que tous citoyens camerounais accèdent aux soins de santé de qualité sans avoir à subir les difficultés financières » explique la sous-directrice de l’action communautaire au ministère de la santé, Dr Virginie Owono. L’impact de l’implémentation de ce processus repose sur le mécanisme permettant à toute la population d’avoir accès à un paquet de soins de qualité.
Le processus
Aujourd’hui, 70% des santés se font par paiement direct au moment du soin. L’objectif de la couverture santé universelle est « de résoudre en procédant au prépaiement à la mobilisation des ressources en l’avance pour pouvoir mutualiser ses ressources, améliorer le partage du risque et payer les prestations de manière plus stratégique » a-t-elle éclairci. Mais pour arriver à ce niveau, les ressources doivent être mobilisés. Il faut une cotisation. L’Etat quant-lui doit être le premier financier de ce projet. « A travers l’impôt, les taxes, l’Etat devrait prélever pour financer les soins de santé ». D’après elle, en ce qui concernent les ménages, la contribution diffère du revenu de tout un chacun, « ça permet que ceux qui ont plus de revenus cotisent plus que ceux qui en ont moins mais accèdent aux mêmes soins ». Les personnes exerçant dans le secteur public ou privé formel, leur cotisation se fera sur prélèvement dans les salaires et, ceux de l’économie informelle « nous étudions le meilleur moyen d’y aller directement peut-être à travers les taxes et l’impôt libératoire par exemple » a-t-elle ajouté. Dans l’allocution du ministre de la santé publique du 12 mai 2017, « pour assurer une offre de qualité des soins de santé à tous les camerounais, sans avoir heurter aux difficultés financières, il faut une couverture fiable, équitable et financièrement soutenable où chaque individu est appelé à contribuer en fonction de ses capacités. Les services offerts prennent en compte un éventail complet des services de santé essentiels, y compris la prévention des maladies et la réhabilitation des infrastructures ». Ainsi ce processus va permettre d’augmenter le taux de 6,46% de la population qui, pour le moment est couvert par un mécanisme de protection sociale. D’après elle, « la plupart des camerounais ne sont pas couverts et donc nous devons travailler à résoudre cette situation. Le taux de mutualisation c’est-à-dire le mise en commun ou le partage du risque est très faible »
Selon la sous-directrice de l’Action Communautaire, 1.300 milliards Fcfa, est la somme la plus ambitieuse pour couvrir 100% de la population avec tous les soins. Pour elle, C’est un processus qui est progressif et donc nous allons voir avec la mobilisation des ressources possibles. C’est l’architecture et le système que nous avons proposé au gouvernement pour lequel nous sommes en train de parachever la réflexion. Selon Aline Claude Zobo, l’organisatrice de cette plate-forme d’échange sur la problématique de la couverture santé universelle, ces propositions seront remises sous forme de livre au ministre de la santé publique.



