Cameroun : la mort en détention de l’opposant Anicet Ekane suscite une contestation politique

La publication d’un communiqué gouvernemental, le 24 février, annonçant le décès en détention de l’opposant politique Anicet Ekane, âgé de 74 ans, continue de susciter des réactions au sein de la classe politique camerounaise. Les autorités ont attribué cette mort à des causes naturelles, une version immédiatement contestée.
Une tribune politique remet en cause la version officielle
Dans une analyse publiée en réaction, l’homme politique Mamadou Mota a exprimé un profond scepticisme quant aux explications fournies. Il a qualifié le communiqué officiel d’exercice bureaucratique visant à masquer la réalité. Pour lui, la séquence des événements – l’arrestation de l’opposant à la suite d’élections contestées à Douala, suivie de son décès en détention deux mois plus tard – ne saurait être réduite à une simple coïncidence médicale.
Mota a souligné le paradoxe de détenir un septuagénaire présentant, selon le communiqué, de graves pathologies, plutôt que de le placer sous surveillance hospitalière. Il a interrogé les conditions de cette détention et la diligence des soins qui auraient pu lui être apportés. L’argument de la « mort naturelle » dans un tel contexte carcéral est, selon lui, irrecevable.
Des questions sur l’indépendance de l’expertise médicale
La communication gouvernementale s’est appuyée sur les conclusions d’une expertise médico-légale, mentionnant le recours à des compétences suisses. Cette référence à une autorité scientifique internationale est perçue par les détracteurs comme un écran de fumée. Mamadou Mota a questionné l’indépendance réelle de cette procédure, pointant une possible collusion entre l’autorité judiciaire, l’enquête et l’expertise commanditée.
Il estime que cette affaire dépasse le cadre d’un simple fait divers et touche à des principes fondamentaux de l’État de droit. La mort d’un détenu politique avant son procès est interprétée comme une forme de condamnation sans jugement, portant une atteinte grave à la confiance des citoyens envers les institutions.
L’analyse conclut sur une mise en garde : face à la version officielle, figée dans un rapport, s’opposent la mémoire collective et le jugement de l’histoire, qui examinent les faits avec une rigueur différente. Cet événement survient dans un climat politique tendu, ravivant les débats sur le traitement de l’opposition et les conditions de détention au Cameroun.



