Cameroun – Lutte contre l’Hypertension artérielle : le CHU appelle à l’action
Cameroun - Lutte contre l'Hypertension artérielle : le CHU appelle à l’action

Cameroun – Lutte contre l’Hypertension artérielle : le CHU appelle à l’action
Les cardiologues du Centre Hospitalier et Universitaire de Yaoundé (CHUY), rejoints par d’autres professionnels de santé, ont participé, le 16 mai dernier, à une marche sportive organisée par l’Unité de Réadaptation Cardiaque et d’Investigations Fonctionnelles du CHU.
L’hypertension artérielle (HTA) est un problème majeur de santé publique au Cameroun. Elle touche environ 1 adulte sur 3 (soit près de 30% à 35% de la population). Cette maladie est responsable de plus de 17 000 décès prématurés chaque année dans le pays. Selon des sources concordantes, elle varie selon les milieux, touchant particulièrement les zones urbaines (jusqu’à près de 30%) à cause de la sédentarisation et de la mauvaise alimentation. Seulement, beaucoup de malades s’ignorent.
À travers cette marche sportive, un geste fort, ils ont tenu à rappeler au grand public une réalité souvent sous-estimée : bouger régulièrement, même simplement en marchant, est l’une des armes les plus efficaces contre l’hypertension et ses complications.
Cette initiative s’inscrit dans l’esprit de la thématique internationale « Maîtriser l’hypertension ensemble : Mesurez régulièrement votre tension, battez le tueur silencieux ». Un thème qui résonne particulièrement au Cameroun, où l’hypertension artérielle demeure un facteur de risque majeur des accidents vasculaires cérébraux, de l’insuffisance cardiaque, de l’infarctus du myocarde et de l’insuffisance rénale. Parce qu’elle évolue longtemps sans symptômes, la maladie trompe, s’installe et frappe parfois brutalement. D’où l’urgence de faire passer un message clair : se faire mesurer la tension régulièrement, adopter une alimentation plus saine, limiter le sel, éviter le tabac et l’alcool excessif, gérer le stress, et surtout pratiquer une activité physique adaptée.
Au terme de la marche, le Dr Arsène ASSÈNE, cardiologue, a insisté sur le rôle central de l’exercice physique dans la prévention et la prise en charge des maladies cardiovasculaires. Pour lui, l’activité physique n’est pas un luxe réservé aux sportifs : c’est une prescription de santé publique, accessible et modulable selon l’âge, le niveau de forme et l’état clinique. Marcher de manière régulière, soutenue mais adaptée, contribue à faire baisser la tension artérielle, à contrôler le poids, à améliorer le sommeil, à diminuer le stress et à renforcer le cœur. En se mobilisant dans l’espace public, les cardiologues ont voulu montrer l’exemple, briser certaines idées reçues et ramener la prévention au niveau le plus concret : celui des habitudes quotidiennes.
Au-delà de la sensibilisation, le CHUY annonce également une Journée Scientifique consacrée à l’hypertension et aux maladies cardiovasculaires. Ce rendez-vous vise à renforcer les échanges entre spécialistes, affiner les stratégies de dépistage, harmoniser les conduites thérapeutiques et promouvoir une prise en charge plus structurée, dans un contexte où le nombre de patients hypertendus et de complications cardiovasculaires ne cesse de croître. L’objectif est clair : agir en amont, améliorer le suivi, et éviter que des patients ne soient vus uniquement au stade des urgences ou des séquelles.
C’est précisément dans cette dynamique que s’inscrit une avancée majeure du CHU de Yaoundé : la mise en place et la montée en puissance de son Service de Réadaptation Cardiaque et d’Explorations Fonctionnelles, un dispositif moderne et essentiel dans la lutte contre les maladies cardiovasculaires. Trop souvent, après un infarctus, une insuffisance cardiaque, une angioplastie, une chirurgie cardiaque ou même devant une hypertension mal contrôlée, le patient rentre chez lui avec des médicaments mais sans véritable accompagnement de long terme. Or, la guérison ne se résume pas à la sortie de l’hôpital : elle se construit aussi dans la récupération progressive, la reprise sécurisée de l’activité physique, la correction durable des facteurs de risque, et le soutien psychologique. La réadaptation cardiaque répond exactement à ce besoin.
Pour certains patients, au CHUY, ce service offre depuis un certain temps, une approche multidisciplinaire et personnalisée, pensée pour optimiser la récupération physique et morale après un événement cardiaque, réduire le risque de récidive, améliorer la qualité de vie et favoriser la réinsertion sociale et professionnelle. Encadrés par des spécialistes, les patients bénéficient de programmes d’activité physique adaptée, d’éducation thérapeutique, de conseils nutritionnels et d’un suivi structuré qui permet d’ancrer durablement les bons comportements. C’est aussi un cadre rassurant, où l’on reprend confiance dans son corps et dans son cœur, avec une progression contrôlée, sécurisée et mesurable.
Le service s’appuie par ailleurs sur des explorations fonctionnelles avancées, déterminantes pour un diagnostic précis et un suivi optimal : évaluations à l’effort, bilans fonctionnels, analyses permettant de mieux comprendre la tolérance à l’activité, d’ajuster les traitements et de personnaliser les recommandations. Cette dimension technique, associée à l’accompagnement humain, fait de la réadaptation cardiaque un maillon stratégique entre l’hospitalisation et le retour à une vie active, dans de meilleures conditions de sécurité.
La marche sportive du 16 mai n’était donc pas un simple événement symbolique : elle illustre une nouvelle manière d’aborder les maladies cardiovasculaires, en mettant la prévention, l’éducation et la réadaptation au cœur de l’action. À Yaoundé, les cardiologues du CHUY rappellent que l’hypertension n’est pas une fatalité, que la mesure régulière de la tension est un réflexe vital, et que l’activité physique, lorsqu’elle est encadrée et adaptée, peut transformer le pronostic.



