Cameroun : Agbor Balla alerte sur la paralysie du Conseil supérieur de la Magistrature

La justice camerounaise traverse une crise institutionnelle majeure, dénoncée par l’avocat et défenseur des droits de l’homme, Me Agbor Balla. Dans une déclaration publique, il met en lumière la paralysie persistante du Conseil supérieur de la Magistrature (CSM). Cet organe constitutionnel, chargé de la gestion des carrières et de la discipline des juges, ne se serait pas réuni depuis six ans.
Une institution constitutionnelle en sommeil
Selon l’avocat, cette absence prolongée de sessions équivaut à une grave défaillance du système. Le CSM détient des prérogatives essentielles, notamment pour l’intégration des nouveaux magistrats, les promotions, les affectations et le contrôle disciplinaire. Sa mise en veille forcée prive donc le secteur judiciaire de son principal organe de régulation et de pilotage, avec des conséquences directes sur son fonctionnement et son indépendance.
Des promotions bloquées et un système judiciaire asphyxié
La conséquence la plus immédiate de cette paralysie est le blocage de l’intégration des diplômés de l’École Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) formés ces six dernières années. Ces jeunes professionnels, pourtant qualifiés, ne peuvent ni prêter serment ni exercer leurs fonctions, créant un vide alarmant dans les tribunaux à travers le pays.
Cette situation aggrave une pénurie déjà critique de magistrats, accentuée par les départs à la retraite et les postes vacants. Elle se traduit par une surcharge des juridictions, une accumulation des dossiers, des retards dans le traitement des affaires et des détentions prolongées, portant atteinte au droit fondamental des citoyens à un accès rapide à la justice.
Risques pour l’éthique et la gouvernance judiciaire
Au-delà de la gestion des ressources humaines, l’inaction du CSM a des implications profondes sur la gouvernance et l’intégrité du système. L’avocat souligne que l’absence de cet organe de contrôle laisse le champ libre à des pratiques potentiellement contestables, comme des nominations de juges effectuées sans son avis préalable, pourtant constitutionnellement requis.
Par ailleurs, le blocage des procédures disciplinaires et la suspension des mécanismes de promotion créent un climat délétère. Selon l’analyse présentée, cette inertie institutionnelle pourrait décourager les magistrats intègres tout en favorisant l’impunité et l’érosion des standards éthiques au sein de l’appareil judiciaire.
L’appel lancé par Me Agbor Balla met ainsi en lumière un dysfonctionnement structurel qui affecte la crédibilité de l’État de droit au Cameroun. Il souligne l’urgence d’une reprise effective des travaux du Conseil supérieur de la Magistrature pour restaurer le fonctionnement normal de l’institution judiciaire et la confiance des justiciables.



