Camwater: Tous les indicateurs sont au vert

Avec un bénéfice engrangé de 2,5 milliards Fcfa en 2019, l’entreprise publique en charge du traitement, de la distribution et de la commercialisation de l’eau potable au Cameroun donne, aujourd’hui, des signes d’espoir.
En mai 2018, l’entreprise publique Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater) hérite des missions de production, de distribution et de commercialisation de l’eau potable, jusque-là dévolues à la Camerounaise des Eaux (Cde), dans le cadre d’un contrat d’affermage. En ce temps, la situation ne présage rien de bon. De ce fait, le défi majeur de la nouvelle équipe dirigeante est d’assurer la transition.
En effet, un audit de la concession ayant duré 10 ans déroule un chapelet de problèmes. Entre autres, la dégradation de l’outil de production, des coupures récurrentes d’eau chez les abonnés qui se plaignent en plus de sa qualité douteuse. Ne sont pas en reste, la surfacturation de la consommation, la perte enregistrée par le concessionnaire au profit de l’exploitant du fait de la non utilisation de la formule contractuelle de calcul de la redevance se situant à près de 70 milliards Fcfa en août 2017, la dette de l’exploitant au profit du concessionnaire au titre de la redevance calculée culmine à 24 milliards Fcfa.
Autant dire que les objectifs assignés à la société de patrimoine Camwater et à la société d’exploitation Cde ont lamentablement échoué. L’amélioration du service fourni aux usagers et l’autonomie financière du secteur n’ont pas été atteints, surtout du fait de l’exploitant. A cause de son rendement technique nettement en deçà des objectifs fixés, de la stagnation de la production alors que les capacités installées ont été renforcées, Cde a contribué à accélérer la dégradation de l’équilibre économique et financier du secteur.
Une ère nouvelle
Pour rétablir l’équilibre, les nouveaux dirigeants ont du pain sur la planche. Ils doivent abattre un travail titanesque, en dépit du fait que l’entreprise ne bénéficie plus des subventions de l’Etat. En clair, Camwater doit vivre de ses recettes propres, pour payer les salaires et faire face aux charges de l’administration fiscale avec près de 600 millions Fcfa mensuellement au titre des impôts et taxes diverses. Ce qui n’est pas une sinécure, au regard de certains goulots. Il s’agit, notamment de la station d’Akomnyada près de Yaoundé, livrée en avril 2017, et qui fonctionne à peine qu’à 10% de ses capacités, à cause des malfaçons décelées au terme de la réhabilitation de l’ouvrage privant ainsi une bonne partie des habitants de la capitale d’eau potable. Un audit institutionnel est d’ailleurs annoncé pour établir les responsabilités. L’entreprise affiche des dettes importantes de l’Etat à hauteur du milliard par mois représentant la consommation des administrations, etc.
Face à ce challenge, les nouveaux dirigeants mettent des bouchées doubles, pour inverser la tendance. Le résultat commence à être perceptible. Camwater parvient à sortir la tête de l’eau et à mener un programme d’investissement. Elle a lancé une campagne de branchements et d’extension de son réseau sur fonds propres à hauteur de 08 milliards Fcfa. Pour se convaincre que l’entreprise assure malgré tout son autonomie, il suffit de recenser les chantiers ouverts : le projet de réhabilitation et d’extension de l’alimentation en eau potable à Bertoua, à Edéa et à Ngaoundéré en vue de doubler l’offre ; l’alimentation en eau des stades et hôtels de la Can à Douala, à Yaoundé, à Garoua, à Bafoussam, à Limbe et à Buea. Le directeur des infrastructures et de la maintenance évoque aussi le projet de nouvelles bornes fontaines payantes dans trois villes, à raison d’au moins 60 par ville.
Des chiffres qui commentent
Malgré ces difficultés structurelles, Camwater a renoué avec la croissance. En 2019, l’entreprise a réalisé un bénéfice net d’environ 2,5 milliards Fcfa. Une embellie qui pourrait se renforcer, si certains impondérables sont levés. Par exemple, si l’Etat consent à payer les 10 milliards Fcfa, prescrits par le Chef de l’Etat en personne, pour permettre à Camwater de booster ses investissements. Malgré tout, l’entreprise ne se résigne pas. Elle multiplie des initiatives en vue d’une plus grande efficacité.
C’est dans cette optique que s’inscrit le projet novateur du compteur intelligent, qui va favoriser une juste facturation tout en réduisant au maximum les fraudes qui font perdre beaucoup d’argent à l’entreprise. D’après des sources bien introduites, cinq prestataires internationaux ont d’ores et déjà manifesté leur intérêt pour le projet. Autant dire que la privatisation n’est pas forcément une panacée.



