Cameroun : Maurice Kamto exige la restitution du corps d’Anicet Ekane

Le président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto, a lancé un appel pressant aux autorités de Yaoundé pour qu’elles restituent à sa famille la dépouille d’Anicet Ekane, décédé en détention le 1er décembre 2025. Cette demande s’accompagne d’une revendication plus large : la libération des personnes arrêtées dans le contexte des tensions post-électorales ayant suivi le scrutin présidentiel du 12 octobre de la même année.
Une famille privée de deuil depuis trois mois
Anicet Ekane, président du Mouvement d’action nationale pour le développement du Mandjara (Manidem), est mort alors qu’il était incarcéré. Depuis, les autorités conservent son corps, empêchant sa famille d’organiser des obsèques. Maurice Kamto, dont Ekane avait soutenu la candidature lors de la présidentielle, dénonce une situation qui ajoute à la souffrance des proches. Il souligne que cette rétention, près de trois mois après le décès, est perçue comme une pratique incompréhensible et particulièrement cruelle.
Des conditions de détention dénoncées
Le leader de l’opposition a également détaillé les conditions de l’interpellation d’Anicet Ekane à Douala, le 24 octobre 2025, et de sa détention. Il a évoqué des traitements jugés inhumains, notamment le fait d’avoir été aveuglé par une cagoule et privé d’un appareil médical essentiel à sa survie. Pour Maurice Kamto, ces éléments, ajoutés au refus de rendre le corps et à la confiscation de l’équipement médical du défunt, nourrissent les soupçons d’une mort orchestrée et renforcent l’hypothèse d’un possible assassinat politique.
En conséquence, l’ancien candidat à la présidentielle, arrivé deuxième en 2018, exige des autorités camerounaises qu’elles libèrent immédiatement la dépouille d’Ekane. Parallèlement, il prend la défense de toutes les personnes arrêtées et incarcérées à la suite des manifestations post-électorales d’octobre 2025. Il réclame la libération sans condition de l’ensemble des prisonniers politiques et d’opinion détenus dans ce cadre.
Une demande face aux habitudes judiciaires du régime
La portée pratique de cette demande interpelle les observateurs de la scène politique camerounaise. Si la requête de Maurice Kamto possède un poids politique indéniable, sa capacité à infléchir la position des autorités reste incertaine. Le pouvoir en place a pour habitude, face aux affaires sensibles, d’ouvrir des enquêtes dont les résultats tardent souvent à être rendus publics, tout en conservant le contrôle des éléments matériels, comme les corps des défunts. Cette méthode, observée dans d’autres dossiers emblématiques, est généralement interprétée comme une stratégie pour apaiser temporairement les tensions sans procéder à des changements substantiels.
L’appel de Maurice Kamto place donc les autorités devant un choix : répondre à une exigence humanitaire et politique largement relayée, ou maintenir une ligne jugée répressive par l’opposition, au risque d’alimenter un climat de défiance persistant.



