Achidi Achu et la réforme monétaire du Port de Douala en 1994

Une décision historique dans le sillage de la dévaluation
L’année 1994 a été marquée au Cameroun par la dévaluation du franc CFA, une mesure économique majeure dont les répercussions ont touché tous les secteurs. Au sein de l’administration et des institutions économiques, cette période a donné lieu à des débats stratégiques intenses, notamment sur la gestion des infrastructures nationales clés.
La bataille des tarifs portuaires
Au Port Autonome de Douala (PAD), la direction générale, alors conduite par Tchouta Moussa Mbatkam Jean Lavoisier, et son équipe de cadres ont rapidement identifié un enjeu crucial. Face à la dévaluation, ils ont plaidé pour que la tarification des services portuaires soit effectuée en devises étrangères plutôt qu’en francs CFA. Cette position, présentée comme un impératif de réalisme économique pour assurer la rentabilité de l’infrastructure, s’est heurtée à une opposition structurée.
Des armateurs internationaux, soutenus par certains relais médiatiques et par des fonctionnaires au sein de l’appareil d’État, défendaient au contraire le maintien de la tarification en monnaie locale. Ils estimaient que cette option était nécessaire pour préserver l’attractivité et la compétitivité du port camerounais. Le désaccord, vif, a conduit à une situation de paralysie et de fortes tensions, au point que des accusations politiques, visant la direction du port, ont commencé à circuler dans les couloirs du pouvoir.
L’arbitrage décisif de la Primature
Pour débloquer la crise, une délégation du PAD s’est rendue à Yaoundé. En l’absence du président de la République, Paul Biya, c’est le Premier ministre de l’époque, Simon Achidi Achu, qui a reçu les responsables portuaires. L’entretien, décrit comme bref et direct, a abouti à une décision rapide : le gouvernement a entériné le principe de la tarification en devises pour les opérations du Port de Douala.
Cette orientation, adoptée en 1994, a eu un impact financier immédiat et significatif. Le budget du port, qui accusait un déficit structurel depuis près d’une décennie, a enregistré une croissance de 66% dans les six mois suivant la mise en œuvre de la nouvelle politique tarifaire. Cette décision est souvent citée comme le tournant ayant permis de consolider les finances de cette infrastructure économique vitale pour le Cameroun et la sous-région.



