Cameroun – 30 ans de « MUTATIONS » : Le « canard » célèbre entre mémoire, dignité et projection vers l’avenir
Cameroun – 30 ans de « MUTATIONS » : Le « canard » célèbre entre mémoire, dignité et projection vers l'avenir

Cameroun – 30 ans de « MUTATIONS » : Le « canard » célèbre entre mémoire, dignité et projection vers l’avenir
Réunis, ce 1er juillet au cours d’une conférence de presse, marquant le lancement effectif des activités de la célébration de son existence, anciens pionniers, journalistes en activité et membres de la direction ont dressé le bilan d’un titre qui a fait le pari de tenir sans compromission dans un environnement médiatique souvent hostile.
Trente ans après sa création, le journal à capitaux privés « Mutations » continue de vivre et résiste dans le temps. Pour cela, il a choisi la mémoire pour regarder l’avenir. Au cours de cette conférence de presse, des voix raisonnent. Partant de la voix la plus autorisée le directeur de publication Georges Alain BOYOMO, jusqu’aux membres de l’equipe fondatrice parmi lesquelles Emmanuel Gustave Samnick, ou encore Alain Blaise BATONGUE, figures de la première heure, venus rappeler l’exigence éthique qui fonde l’identité du journal.
L’histoire commence en 1996 avec une équipe déterminée à faire autrement. Mireille Bissek, Emmanuel Mbede et Serge Alain Godon reçoivent pour mission de concevoir un organe de presse distinct de Génération. L’innovation est immédiate et structurelle car Mutations fait le choix d’ouvrir en permanence des rubriques Culture et Santé-Environnement. Un positionnement éditorial inédit à l’époque. Selon Alain Blaise BATONGUE, « le nom du journal naît d’un blocage qui dure des mois. » D’après lui, c’est l’enseignant Fabien Kot de l’Université de Ngaoundéré sollicité, qui propose « Mutation ». La rédaction répond d’une seule voix « Mutation… mais avec S », pour signifier l’ambition d’accompagner et de témoigner des mutations politiques, culturelles, sociétales et sportives que traverse le Cameroun.
Trente ans plus tard, Georges Alain BOYOMO ramène le débat à l’essentiel, la signature du journaliste. Pour lui, cette signature est la carte de presse morale du reporter, la crédibilité même de l’organe, et à l’instar de la virginité, elle ne se récupère pas une fois perdue. Il se souvient d’une époque où signer à Mutations relevait du triathlon tant l’exigence était forte, et il estime que le défi demeure intact. Le journal n’a pas changé de costume au gré des vents financiers, il n’a pas cédé à la tentation de se prostituer, et c’est précisément cette constance qui constitue son héritage. Il enjoint les jeunes reporters à comprendre que leur signature ouvre ou ferme les portes, qu’elle garantit un avenir radieux ou l’inverse, et que tout commence par le travail.
Au-delà des souvenirs, la conférence a permis de mettre en lumière les ressorts de la longévité de Mutations. Le premier ressort tient à la dignité éditoriale. Dans un secteur où le financement de la presse est décrit comme étant pratiquement par la queue, le titre a refusé de vendre sa ligne pour survivre. Le second ressort est l’indépendance revendiquée et protégée. Le Directeur de Publication affirme que Mutations est le seul journal sans autorité dansante, sans lobby qui dicte les titres. Il indique n’avoir jamais reçu d’instruction de son PCA pour orienter une Une. « La seule consigne transmise étant de vérifier l’authenticité de l’information et de faire parler le génie journalistique. » confie t’il. Georges Alain BOYOMO cite en exemple le fait que des proches de la famille du PCA ont été égratignés en première page sans qu’aucun veto ne soit opposé, une situation qu’il qualifie de rare dans le paysage médiatique. Le troisième ressort est l’assomption du prix à payer. D’après le DP, « Tenir la ligne implique des renoncements financiers, des impayés qui freinent le déploiement des reporters et limitent la capacité d’action… » Le journal assume ce coût plutôt que de s’aligner sur des titres jugés affranchis et difficultatifs.
L’avenir
Consciente des fragilités, la direction trace désormais une trajectoire pour les trois décennies à venir. L’axe prioritaire est le digital, avec l’annonce d’un nouveau site internet qui sera dévoilé lors de la soirée de gala des 30 ans. Le second axe est managérial et se traduit par une gouvernance à visage humain. Le Directeur de publication explique que les moyens ne permettent pas d’aligner tous les avantages pécuniaires, mais que l’engagement est de garantir un cadre où le reporter s’épanouit professionnellement. Il salue la polyvalence, la réactivité et la proactivité d’une rédaction qui réclame elle-même plus de missions, y compris sur le site.
Le troisième axe est identitaire. Mutations se dote d’une nouvelle marque avec des transformations profondes du logo lancé aux 20 ans, afin qu’il épouse l’envergure actuelle du journal. La direction écarte tout retour au premier logo de 1996, hérité du projet initial baptisé Libération, et assume pleinement l’évolution visuelle du titre.
Au terme de la conférence, le Directeur de Publication a posé la question qui hante désormais la maison. La vie est une course de relais et le véritable défi des années à venir est la transmission. Il s’interroge sur la capacité du prochain Directeur de Publication à être pénétré par l’ensemble des enjeux qui ont permis à Mutations de tenir sans lobby, sans instruction et sans reniement. Trente ans après sa naissance, le journal revendique un bilan simple et exigeant. Il a sanctuarisé le journalisme, et la bataille prochaine sera de transmettre cet esprit intact à ceux qui porteront le titre jusqu’à ses 60 ans.
Cette conférence de presse était également une occasion, de dérouler le fil d’ariane devant meublé 08 jours intenses. Au programme, une semaine d’activités commémoratives consacrées au parcours du journal et aux défis de la presse à l’ère du numérique. Les festivités qui vont s’étendre jusqu’au 8 juillet comptent, des conférences, une journée portes ouvertes, une marche sportive, une soirée de gala et une édition spéciale du journal. À titre de rappel, ce grand rendez-vous à reçu l’approbation du Ministre de la Communication René Emmanuel SADI parrain de l’événement.



