Cameroun : des journalistes interpellés sur un site d’expulsions américaines

Une opération de police à Yaoundé a conduit, mardi 17 février 2026, à l’interpellation de plusieurs journalistes et d’un avocat sur un site étatique camerounais. Les personnes arrêtées menaient une enquête sur les conditions de détention de migrants africains récemment rapatriés des États-Unis.
Une enquête sur un centre de détention interrompue
Le groupe interpellé comprenait un journaliste de l’agence Associated Press, un collaborateur indépendant de la BBC et trois autres reporters, ainsi qu’un avocat représentant des détenus. Selon des témoignages recueillis auprès de deux personnes libérées, le reporter de l’AP aurait été frappé lors de son arrestation, sans toutefois nécessiter de soins médicaux par la suite. Tous ont été relâchés après leur interpellation, mais leurs équipements professionnels, incluant téléphones, ordinateurs et caméras, ont été saisis par les forces de l’ordre.
Un accord bilatéral dans le flou diplomatique
Les investigations en cours visaient un centre qui, selon les informations recueillies par les journalistes, servirait de lieu de rétention pour des migrants non camerounais expulsés par le Département de la Sécurité intérieure américaine (Department of Homeland Security). La particularité de ce dossier réside dans le statut juridique de nombreux détenus, qui auraient bénéficié aux États-Unis de protections les empêchant légalement d’être renvoyés vers leur pays d’origine, en raison de risques avérés de persécution.
L’existence d’un accord formel entre Washington et Yaoundé pour l’accueil de ces personnes n’a jamais été officialisée publiquement par l’administration américaine. Interrogé sur d’éventuels arrangements diplomatiques dans ce dossier, le Département d’État américain s’est refusé à tout commentaire concernant ses échanges avec d’autres gouvernements, comme l’a rapporté le quotidien The New York Times.
Des pratiques d’expulsion sous surveillance
Cet incident met en lumière l’opacité entourant certaines procédures d’expulsion et de réadmission de migrants. Des témoignages de détenus, cités par la presse américaine, évoquent des pressions exercées sur certains migrants pour qu’ils acceptent un retour volontaire vers leur pays d’origine, sous la menace d’une détention prolongée.
L’arrestation de professionnels des médias sur un site sensible soulève des interrogations quant à l’accès à l’information et aux conditions de travail de la presse dans ce type d’enquête. Les faits rapportés alimentent également les préoccupations d’organisations de défense des droits humains concernant le respect des garanties juridiques internationales dans le traitement des migrants expulsés.



