Cameroun – Journée Mondiale de l’alimentation : « Pour la CNOP-CAM, c’est l’occasion de rappeler que sans le petit producteur, il n’y a pas d’alimentation…. », Elisabeth ATANGANA, Présidente CNOP-CAM
Cameroun - Journée Mondiale de l'alimentation : « Pour la CNOP-CAM, c'est l'occasion de rappeler que sans le petit producteur, il n'y a pas d'alimentation.... », Elisabeth ATANGANA, Présidente CNOP-CAM

Cameroun – Journée Mondiale de l’alimentation : « Pour la CNOP-CAM, c’est l’occasion de rappeler que sans le petit producteur, il n’y a pas d’alimentation…. », Elisabeth ATANGANA, Présidente CNOP-CAM
Dans une interview exclusive accordée à notre rédaction, au siège de la CNOP-CAM à Yaoundé, Elisabeth ATANGANA dénonce la dépendance alimentaire du Cameroun, révèle pourquoi 40% des récoltes pourrissent et lance un plaidoyer choc: que les cantines scolaires excellente initiative gouvernementale, soient approvisionnées à 100% par les coopératives locales. Entretien vérité.
Madame la Présidente, que représente la Journée Mondiale de l’Alimentation pour la CNOP-CAM ?
C’est d’abord un moment d’interpellation. Pour la CNOP-CAM, c’est l’occasion de rappeler que sans le petit producteur, il n’y a pas d’alimentation. Pour ce petit producteur qui peine déjà à vivre de sa terre, cette journée c’est la reconnaissance de son travail. C’est dire que nous existons, nous produisons. Mais que nous avons besoin d’être soutenus, d’être accompagnés, d’être écoutés.
Si l’on fait un état des lieux cru aujourd’hui, le Camerounais mange-t-il bien ?
Si on fait un état des lieux cru, non, le Camerounais ne mange pas bien. Pas parce que nous n’avons pas de bons produits. Nous avons tout. Mais nous sommes en train de manger ce que les autres produisent et parfois ce que les autres ne veulent plus. Nous importons du riz, du poisson congelé, du blé… alors que nous pouvons produire tout ça ici. Nos assiettes sont de plus en plus dépendantes de l’extérieur et c’est dangereux pour notre santé et pour notre souveraineté.
Vous portez deux concepts forts : « MANGER AFRICAIN, MANGER SAIN ». Comment en faire une arme ?
Ce ne sont pas que des slogans. Ce sont deux concepts liés. Manger Africain, c’est consommer ce que nous produisons. C’est le koki, le sanga, le eru, le ndolé, l’igname, le manioc. Manger Sain, c’est consommer des produits qui ont été produits de manière agroécologique, sans trop de produits chimiques. Si nous revenons à ça, nous luttons automatiquement contre la malbouffe et contre la dépendance aux importations. C’est une arme de souveraineté.
Quelle est la vraie cause de l’insécurité alimentaire qui frappe plusieurs régions ?
Ce n’est pas parce que les Camerounais ne travaillent pas. Les vraies causes sont multiples. C’est d’abord un problème de politique. Quelle politique agricole mettons-nous en place ? Est-ce qu’on soutient vraiment le petit producteur ? Ensuite c’est un problème de conservation et de transformation. Nous produisons, mais nous perdons 40% après récolte parce que nous n’avons pas de magasins de stockage, pas de chambres froides. Et enfin c’est un problème d’accès aux intrants de qualité et aux financements adaptés.
Que propose concrètement la CNOP-CAM pour en finir avec la soudure alimentaire ?
Nous proposons une feuille de route en trois axes. Premièrement, investir massivement dans la production agroécologique. Deuxièmement, investir dans la conservation, la transformation et la commercialisation. Mettre en place des vitrines agroécologiques comme celle que nous avons ici, qui reçoivent directement les produits des agriculteurs. Troisièmement, former les producteurs avec nos centres de formation et nos centres d’alphabétisation.
Le Gouvernement veut généraliser les cantines scolaires. Bonne ou fausse bonne idée ?
C’est une très bonne idée. Nous saluons la volonté du Gouvernement. Un enfant qui a faim ne peut pas bien apprendre. Mais c’est une bonne idée qui est encore mal implémentée. Pourquoi ? Parce qu’on ne peut pas faire des cantines scolaires avec du riz importé et du poisson importé. Ça n’a pas de sens. Elles doivent servir à éduquer nos enfants au goût local et à soutenir notre agriculture.
Faut-il que ces cantines soient approvisionnées à 100% par les organisations paysannes locales ?
C’est exactement notre plaidoyer. Notre souhait est que soient identifiées des organisations locales et coopératives qui peuvent participer à ces activités et que ces coopératives, d’entrée de jeu, soient renforcées techniquement, de manière professionnelle, en termes de comptabilité, en termes de gestion financière, et qu’elles puissent être à même de faire une livraison contractuelle avec à la fois les établissements et le gouvernement et le PAM qui mettent en œuvre cette activité. C’est vraiment un plaidoyer que je fais ici, pour qu’il y ait plus d’implication des coopératives, des organisations paysannes, les réseaux de femmes, les réseaux de jeunes. Et peut-être qu’ici nous aurons la sécurité de pouvoir assurer la sécurité sanitaire alimentaire des élèves.
Votre combat pour le consommer local a-t-il atteint ses objectifs ?
Je pense qu’il est très tôt de faire les bilans. C’est un travail de longue haleine. C’est un travail de sensibilisation, c’est un travail de plaidoyer. Nous avons pu atteindre des milliers de personnes dans les écoles. Apprendre aux jeunes comment on prépare le sanga, comment on prépare le koki, comment on doit consommer local. Nous avons mis en place des centres de formation. Ce n’est pas la CNOP-CAM seule qui fait cette activité. Aujourd’hui, le gouvernement a pu élaborer une loi sur l’agriculture biologique. Et la CNOP-CAM a pu signer une convention avec le MINJEC pour la formation des jeunes en agroécologie.
Quel message fort lancez-vous à l’endroit des pouvoirs publics, aux partenaires et aux consommateurs ?
Mon message est en trois points. Nous pensons que les décisions et les lois qui sont prises, sont bonnes. Il s’agit maintenant de les appliquer. Par exemple, la politique d’import-substitution, c’est une très grande politique. Alors comment la mettre en œuvre pour que, effectivement, sur les étals du marché, il y ait du riz camerounais ? Comment faire pour qu’il y ait du poisson camerounais dans les poissonneries ? Nous avons mis en place ici une vitrine agroécologique. Comment multiplier ce genre d’initiative ? Deuxièmement, comment renforcer les capacités entrepreneuriales, la maîtrise des normes, la maîtrise de la qualité ? Troisièmement, c’est le renforcement des capacités financières. Comment mettre un financement adapté à ceux qui produisent de manière durable ? Parce que les engrais biologiques coûtent encore cher.
Votre cri de cœur pour conclure ?
C’est une bataille collective. C’est une bataille qui intéresse à la fois le gouvernement, les organisations paysannes, et qui intéresse aussi les médias, vous-mêmes. Vous devez également renforcer la sensibilisation pour que le Camerounais mange local. Ce que nous, nous pouvons à notre niveau, c’est la formation, renforcer les capacités de nos producteurs pour qu’ils s’arriment à la transition agroécologique, et qu’ils puissent donner sur le marché des produits de bonne qualité en quantité et en qualité. Nous ne devons pas agir en rang dispersé, nous devons travailler ensemble, agir ensemble de manière solidaire avec notre gouvernement, avec les organisations paysannes, les communicateurs et l’ensemble de la population, notamment les consommateurs qui doivent encourager la consommation locale.
Propos recueillis par Jonas ABENA



