Cameroun : la gouvernance de Paul Biya face à la critique de l’immobilisme

La gestion des affaires publiques au Cameroun est actuellement scrutée à travers le prisme de l’exécution des décisions et du respect des échéances institutionnelles. Une analyse des dynamiques politiques récentes met en lumière plusieurs points de tension liés au rythme des réformes et des nominations aux postes clés de l’État.
Un calendrier politique marqué par les reports
Le paysage politique camerounais est caractérisé par plusieurs attentes institutionnelles non satisfaites. La formation d’un nouveau gouvernement, évoquée suite à une déclaration officielle fin décembre 2025, n’a toujours pas été concrétisée par décret, laissant l’exécutif précédent en place dans une configuration qualifiée de transitoire. De même, la tenue des élections législatives et municipales a fait l’objet d’un communiqué officiel mentionnant un « réajustement du calendrier », sans que de nouvelles dates précises n’aient été communiquées aux acteurs politiques et à l’électorat.
La question des nominations dans le secteur public
La gouvernance des entreprises et établissements publics constitue un autre sujet de préoccupation. Une loi de 2019 régissant le fonctionnement des établissements publics administratifs prévoit des mandats à durée déterminée pour leurs dirigeants. Selon des observateurs, une large majorité de ces postes de directeurs généraux et de présidents de conseils d’administration seraient occupés par des responsables dont le mandat légal est expiré depuis plusieurs années. Les autorités ont indiqué que des travaux étaient « en préparation » pour régulariser cette situation, sans fournir de calendrier détaillé ni de critères publics pour les futures nominations.
Cet immobilisme apparent dans les nominations contraste avec les annonces de réformes structurelles visant à moderniser l’administration. Ces réformes sont régulièrement évoquées dans le discours officiel par le terme « prochainement », ce qui contribue à une perception d’attente prolongée parmi les citoyens et les agents de la fonction publique.
L’application des textes et la lutte contre la corruption
Le cadre juridique de la transparence est également pointé du doigt. L’article 66 de la Constitution camerounaise, qui institue l’obligation de déclaration de patrimoine pour certaines hautes personnalités de l’État, n’est toujours pas opérationnel plus de vingt ans après son adoption, en l’absence de décret d’application. Cet exemple est souvent cité par les analystes pour illustrer l’écart entre les déclarations d’intention en matière de lutte contre la corruption et la mise en œuvre effective des instruments juridiques.
Cette perception est renforcée par le traitement médiatique et judiciaire de certaines affaires financières, dont les procédures peuvent s’étendre sur de longues périodes. L’affaire impliquant les sociétés SGS et Transatlantic, par exemple, a donné lieu à des communications officielles parfois contradictoires, entre la confirmation d’une instruction judiciaire et des références à des « instructions de très haut niveau », alimentant les débats sur l’opacité des processus décisionnels.
Les conséquences sur la crédibilité institutionnelle
Pour les experts en gouvernance, cette accumulation de retards et de reports dans la prise de décision exécutive et législative risque d’affecter la crédibilité de la parole publique. La répétition d’annonces d’actions futures sans calendrier précis peut, à terme, éroder la confiance des citoyens dans la capacité des institutions à trancher et à assumer des choix politiques clairs. Le défi pour l’exécutif camerounais réside désormais dans sa capacité à concrétiser ses projets annoncés et à respecter ses propres échéances, afin de restaurer une dynamique de gouvernance perçue comme proactive.



