Cameroun : le corps d’Anicet Ekane libéré après 85 jours de rétention

La famille de l’opposant politique camerounais Anicet Ekane peut désormais organiser ses obsèques. Le Commissaire du Gouvernement près le Tribunal Militaire de Yaoundé a levé, ce lundi 23 février 2026, les restrictions qui pesaient sur la restitution de son corps. L’intéressé était décédé en détention le 1er décembre 2025 dans la capitale.
Une libération tardive qualifiée de « posthume »
Dans une correspondance officielle adressée à l’hôpital central de Yaoundé, les avocats de la famille, Me Hippolyte Meli Tiakouang et Me Emmanuel Simh, ont acté cette décision. Ils ont toutefois vivement critiqué le délai de 85 jours écoulé entre le décès et cette autorisation. Me Meli Tiakouang a dénoncé, dans une analyse juridique, une « libération à titre posthume », pointant une situation qu’il estime contraire aux principes du droit.
L’avocat a rappelé les fondements du « droit à la dernière demeure », qu’il présente comme un droit de la personnalité fondamental, au même titre que le droit au domicile. Il a souligné que la conservation prolongée d’une dépouille dans une morgue, au-delà du cadre transitoire prévu, constitue une atteinte à la dignité humaine et au respect dû au corps, même sans vie.
Un processus marqué par des relances répétées
La procédure de restitution a été jalonnée de plusieurs demandes formelles de la part des conseils de la famille. Celles-ci ont été adressées aux autorités compétentes les 29 décembre 2025, 21 janvier et 13 février 2026, sans obtenir de réponse favorable dans l’immédiat. La législation locale prévoit qu’une dépouille non réclamée peut, après un délai de 60 jours, être prise en charge par l’État pour son inhumation. Cette disposition n’a finalement pas été appliquée dans le cas d’Anicet Ekane.
La levée des restrictions intervient donc après une période excédant largement ce délai légal. Les proches du défunt disposent désormais de la latitude nécessaire pour organiser des funérailles conformes à leurs souhaits, en dehors du cadre administratif qui a régi les dernières semaines.
Dans sa communication, Me Hippolyte Meli a exprimé sa reconnaissance envers les personnes ayant soutenu la famille dans cette démarche, tout en réaffirmant son respect pour la mémoire du disparu. Cette affaire met en lumière les questions juridiques et éthiques entourant la gestion des décès survenus en détention et le traitement post-mortem des détenus.



