Politique

Cameroun : le Premier ministre tranche sur le scanning à Douala

Une décision gouvernementale relative au contrôle des marchandises au port de Douala a mis en lumière des tensions au sommet de l’État camerounais. Le Premier ministre Joseph Dion Ngute a statué, le 29 janvier 2026, en faveur du maintien de la Société Générale de Surveillance (SGS) comme opérateur du scanning, annulant ainsi une instruction précédente attribuée à la présidence de la République.

Un conflit contractuel à l’origine de la crise

La situation trouve son origine dans un contrat signé en 2015 entre l’État camerounais et le groupe SGS, d’une durée de dix ans. Cependant, sa pleine application n’a débuté qu’en 2022, avec l’installation du quatrième équipement de scanning, ce qui a prolongé sa validité jusqu’en 2032. Fin décembre 2025, la direction du Port Autonome de Douala (PAD) avait annoncé le transfert de cette concession à l’entreprise Transatlantic D SA à compter du 1er janvier 2026, une décision immédiatement contestée par le ministre des Finances, Louis Paul Motaze.

Le blocage opérationnel qui en a résulté a conduit le chef du gouvernement à réunir l’ensemble des parties prenantes. Le ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe, a ensuite expliqué que seul le gouvernement, signataire initial de la convention avec SGS, était habilité à y mettre fin, et non l’autorité portuaire.

Des « instructions présidentielles » remises en cause

Cette décision du Premier ministre intervient malgré la diffusion, quelques jours auparavant, d’une correspondance attribuée au chef d’état-major particulier du président de la République, le général Emmanuel Amougou, validant le changement d’opérateur. Cette note, qui a fuité sur les réseaux sociaux, faisait suite à une réunion tenue au secrétariat général de la présidence.

L’action de Joseph Dion Ngute est interprétée comme une opposition publique à une directive présumée émanant de Paul Biya. Le maintien du Premier ministre dans ses fonctions dans les jours suivant cette décision nourrit les interrogations sur l’origine réelle de l’instruction initiale de remplacement.

Ce scénario rappelle d’autres épisodes récents, comme la crise à la tête de la Fédération camerounaise de football en 2024, où des « hautes instructions » transmises par l’entourage présidentiel avaient été publiquement contestées. Ces cas alimentent l’idée, parmi certains observateurs, que des décisions sont prises en lieu et place d’un chef de l’État dont la présence publique s’est raréfiée.

Cette affaire portuaire, génératrice de revenus substantiels, survient dans un contexte de repositionnements politiques en perspective de la succession présidentielle. Elle souligne que seules les directives exprimées directement et sans intermédiaire par le chef de l’État semblent désormais incontestables. Dans l’intervalle, le Premier ministre exerce ses prérogatives constitutionnelles pour assurer la continuité de la gestion des affaires courantes de l’État.

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