Cameroun : l’échec d’une alliance d’opposition divise après la présidentielle 2025

Les débats sur l’incapacité des forces d’opposition à converger lors de la présidentielle camerounaise d’octobre 2025 ont été relancés par des déclarations publiques. Un proche collaborateur d’Issa Tchiroma Bakary, candidat du Front pour le salut national du Cameroun (FSNC), a fait état de négociations pré-électorales qui n’auraient pas abouti.
Des révélations qui suscitent la polémique
Chris Maneng, présenté comme le stratège de campagne d’Issa Tchiroma Bakary, a indiqué lors d’une intervention médiatique que des responsables du FSNC avaient engagé des pourparlers avec Maurice Kamto, leader du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). L’objectif était de constituer une coalition capable de contester le parti au pouvoir. Selon lui, des propositions substantielles auraient été faites pour obtenir le ralliement de Maurice Kamto, sans succès.
Le représentant du FSNC avance que le soutien public de l’ancien candidat arrivé en deuxième position en 2018 aurait pu modifier significativement la dynamique de la campagne en faveur d’Issa Tchiroma Bakary. Il a laissé entendre que le leader du MRC s’était finalement tourné vers un rapprochement avec Bello Bouba Maigari, président de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) et figure politique expérimentée.
Le MRC rejette les accusations et invoque la discipline interne
Ces affirmations ont provoqué des réponses immédiates de la part de cadres du MRC. Le Dr Boutche, un membre de ce parti, a fermement contesté l’idée que Maurice Kamto puisse être tenu pour responsable de l’échec de l’opposition. Il a expliqué que la position du président du MRC avait été dictée par une résolution de son Conseil national. Cette instance aurait conditionné tout soutien à la formation préalable d’une coalition entre les deux principaux leaders politiques du Grand Nord du pays, à savoir Issa Tchiroma Bakary et Bello Bouba Maigari.
Un autre cadre, Mamadou Mota, vice-président du MRC, a qualifié les propos de Chris Maneng de « polémique stérile ». Il a suggéré que cette sortie médiatique visait principalement à acquérir une visibilité politique en utilisant le nom de Maurice Kamto. Selon lui, le MRC n’a jamais engagé de discussions officielles de haut niveau avec les interlocuteurs évoqués et a toujours communiqué des orientations stratégiques claires à sa base militante.
Une fracture persistante au sein de l’opposition
Cet échange public met en lumière les difficultés récurrentes de l’opposition camerounaise à fédérer ses différentes composantes autour d’un projet et d’une candidature communs. Les divergences stratégiques et les questions de leadership semblent avoir persisté en amont du scrutin d’octobre 2025, empêchant la constitution d’un front uni.
L’épisode illustre également les luttes narratives qui suivent un échec électoral, chaque formation cherchant à imposer sa version des faits et à attribuer les responsabilités. Alors que le FSNC pointe un manque de soutien, le MRC se retranche derrière le respect d’une décision collégiale et l’absence de conditions politiques remplies pour un accord.
Ces tensions post-électorales interrogent sur la capacité des principaux partis d’opposition à dépasser leurs divergences pour construire, à l’avenir, une alternative crédible et structurée, dans un contexte politique camerounais marqué par une longue stabilité du pouvoir en place.



