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Le paradoxe des bastions électoraux : Quand la colère du vote se retourne contre l’électeur

Le paradoxe des bastions électoraux : Quand la colère du vote se retourne contre l’électeur

Le paradoxe des bastions électoraux : Quand la colère du vote se retourne contre l’électeur

Par Jean Gatsi

_Coordonnateur de la Convergence Républicaine et du G 80._

La proclamation des résultats de l’élection présidentielle de 2025 au Cameroun a clos le cycle électoral officiel, mais elle a ouvert une période de troubles dont l’analyse géographique révèle un paradoxe troublant. Les violences, les destructions et les pillages ne se sont pas manifestés uniformément. Ils se sont concentrés avec une intensité remarquable dans les villes et régions considérées comme les bastions électoraux du candidat contestataire, Issa Tchiroma Bakary.

​L’hypothèse d’une colère généralisée est réfutée par la cartographie des dégâts. Il s’agit d’une punition auto-infligée qui risque de générer un profond et tardif regret chez les populations qui ont le plus soutenu ce candidat.

Le prix du vote contestataire : le chaos et sanctions locales

​Les villes où Issa Tchiroma Bakary du FSNC a enregistré un soutien massif – notamment Garoua, Maroua, Douala, Dschang et Mbouda – sont devenues les épicentres des manifestations violentes et des affrontements.

​À Garoua, l’incendie d’un véhicule de la gendarmerie a marqué le début des hostilités. Les scènes de vandalisme sur des édifices publics ont été condamnées, même par des voies religieuses à l’instar des Imams. La suspension des cours à l’Université de Garoua a directement pénalisé la jeunesse locale. L’incendie ce jour du Lycée de Garoua Djamboutou constitue un crime contre la jeunesse qui ne demande qu’à aller à l’école.

​Face aux émeutes, les autorités ont riposté par des mesures qui ont impacté l’économie locale. Des arrêtés préfectoraux ont restreint la circulation des motos-taxis dans les zones de contestation. Cette paralysie du secteur informel a touché de plein fouet les petits entrepreneurs et les jeunes, qui sont souvent les mêmes électeurs du FSNC de Tchiroma Bakary. L’incendie et le pillage d’entités économiques majeures ont par ailleurs menacé l’emploi de milliers de familles.

​Dans ces bastions, la colère s’est tragiquement retournée contre le tissu économique et social que le vote devait pourtant protéger.

Le contraste du calme ailleurs.

Joie au Sud du pays, sérénité ailleurs. ​Le tableau d’ensemble est accentué par la différence de réaction observée dans le reste du pays :

Dans ​les bastions du pouvoir, là où le Président Paul Biya a été plébiscité, notamment dans le Sud, les scènes de rue étaient celles de la célébration et de la joie. Ces populations ont exprimé leur satisfaction dans la paix, sans qu’aucune destruction ni restriction ne vienne entacher leur quotidien.

Dans ​les zones de rejet de Tchiroma, comme le Noun, les populations sont restées calmes, le cycle électoral s’y est achevé sans causer de préjudice direct.

​Ce contraste est cinglant : les populations qui ont opté pour la continuité ou d’autres voies politiques célèbrent ou vaquent à leurs occupations, tandis que les partisans de la contestation radicale subissent les contrecoups de l’autodestruction.

​L’héritage toxique du _ »bon diable »_ et les prochaines élections.

Souvenons nous que ​le vote pour Issa Tchiroma Bakary était en partie motivé par _ »l’attrait »_ pour son slogan provocateur : *« Je suis le bon diable »*. Ce concept visait à canaliser la soif de changement en une force maîtrisée.

​Aujourd’hui, l’amère réalité s’impose : pour les populations qui comptent leurs pertes économiques et leurs morts, *« le diable reste le diable »*, et il est *« prêt à dévorer et à détruire tout sur son passage »* sans faire de distinction. Le sentiment de regret pourrait même atteindre ceux qui ont encouragé cette voie, confirmant une vieille sagesse : *le diable n’a pas d’amis*.

​L’impact sur l’avenir politique est double :

D’un côté, ​la peur de l’électeur. Dans les anciens bastions du FSNC, l’électeur, traumatisé par le coût humain et matériel, pourrait développer une peur de son diable, le poussant à privilégier la stabilité et la protection incarnées par le RDPC du Président Paul Biya lors des prochaines consultations, plutôt qu’une promesse de changement qui conduit au chaos.

De lautre, ​la destruction du parti politique FSNC. Le risque de revoir ce scénario de contestation violente paraît faible. A la vérité, l’appel à l’insurrection et les destructions d’édifices publics et commerciaux, de même que les morts enregistrées, constituent des bases juridiques solides. Ceci devrait conduire, en toute logique, à la dissolution de ce parti polique qui refuse de jouer le jeu démocratique et pacifique.

​Le véritable perdant de cette élection ne sera donc pas seulement le candidat obtus Tchiroma Bakary, mais l’outil politique qu’il a utilisé, laissant le champ de l’opposition profondément affaibli par le poids d’une contestation parricide, celle-là même qui s’est finalement attaquée à ses propres géniteurs.

Le 28 octobre 2025.

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