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Afrique – Conflits et technologies: Quand l’ IA bouscule le droit de la guerre

Afrique – Conflits et technologies: Quand l’ IA bouscule le droit de la guerre

Afrique – Conflits et technologies: Quand l’ IA bouscule le droit de la guerre

Le colloque international organisé à Yaoundé ouvre un débat inédit sur la montée de l’intelligence artificielle dans les conflits armés. Alors que l’Union africaine met en garde contre les menaces que ces technologies font peser sur la paix et la protection des civils, le continent entend désormais en maîtriser l’encadrement plutôt que les subir. Une question domine les échanges : comment préserver l’humain lorsque la machine entre dans la guerre ?

À Yaoundé se tient actuellement le tout premier Colloque international sur le Droit international humanitaire (DIH) et l’Intelligence artificielle (IA) en Afrique centrale. Placé sous le thème : « Droit international humanitaire et intelligence artificielle : perspectives africaines », l’événement est organisé par la Délégation régionale du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), en collaboration avec l’Université de Yaoundé II – via le Centre d’Études et de Recherche en Droit International et Communautaire (CEDIC) et la Croix-Rouge camerounaise. Pendant trois jours, chercheurs, humanitaires, diplomates, experts technologiques et représentants institutionnels tenteront de répondre à une question décisive : comment protéger l’humain dans une époque où la machine entre progressivement dans la guerre ?

Pourquoi maintenant ?

Parce que l’intelligence artificielle est désormais partout. Et même sur les champs de bataille. Les organisations de défense des droits de l’homme suivent cette évolution avec inquiétude. Pour l’Union africaine, le lien entre DIH et IA n’a plus rien d’abstrait. « L’IA ne se contente plus d’assister l’humain », alertent ses acteurs. Dans un communiqué publié à l’issue de la 1214e réunion de son Conseil de paix et de sécurité, le 13 juin 2024, l’Union africaine met en lumière les enjeux de l’IA sur la paix et la sécurité du continent. Elle charge par ailleurs « le Rapporteur spécial sur le Droit international et le Cyberespace […] d’élaborer une Position Commune Africaine sur les règles du DIH régissant l’utilisation de l’Intelligence Artificielle dans les conflits armés ».

Sur le terrain, l’IA est utilisée pour reconnaître des cibles, guider des drones ou analyser des espaces de combat. Cette automatisation peut accélérer la violence, réduire la transparence des opérations et brouiller la distinction entre civils et combattants. Une question majeure surgit : qui serait responsable si une machine commettait une erreur mortelle ? Les dangers sont multiples : erreurs algorithmiques, perte de contrôle, manipulation des données, surveillance accrue et dilution de la responsabilité humaine.

Le ministre des Postes et Télécommunications, Minette Libom Li Likeng, a rappelé l’enjeu fondamental : « L’intelligence artificielle est une réforme qui a tout basculé. Ce colloque permet de réfléchir à comment humaniser l’IA et à la responsabilité de son usage dans les conflits armés. Il ne faudrait pas qu’elle se substitue à l’être humain, ce qui amènerait à une déshumanisation de la guerre. » Elle a insisté sur la nécessité pour l’Afrique et le Cameroun de définir une stratégie incluant formation, infrastructures et protection des données, afin que l’IA serve réellement les populations.

Le rappel du droit

Yann Bonzon, chef de la Délégation régionale du CICR pour l’Afrique centrale, a souligné le rôle du DIH face aux nouvelles technologies : « Le premier défi est de savoir qui est derrière ces technologies et comment le droit international humanitaire peut s’appliquer pour garantir le respect des règles et protéger les populations. Les décisions automatisées ne doivent jamais mettre en danger la vie des civils. » Il note que, dans d’autres régions du monde, l’IA alimente déjà des systèmes autonomes capables de sélectionner des cibles. L’Afrique observe ces développements avec prudence, consciente de réalités telles que conflits asymétriques, vulnérabilité des civils, présence d’acteurs armés non étatiques et infrastructures fragiles. Dans ce contexte, l’IA pourrait aggraver les violations du DIH et rendre la guerre plus opaque.

Une préoccupation mondiale, un enjeu africain

Depuis 2014, les Nations Unies alertent sur ces défis. En 2024, l’Union africaine a demandé l’adoption d’une Position Commune Africaine sur l’usage de l’IA dans les conflits armés. Le colloque de Yaoundé s’inscrit pleinement dans cette dynamique : analyser l’articulation entre DIH et technologies émergentes, tout en prenant en compte les spécificités du continent. La première journée a ouvert le débat sur les risques posés par des systèmes capables d’agir sans intervention humaine, soulevant des questions telles que la perte de contrôle, les erreurs meurtrières et l’absence de responsabilité en cas d’incident, notamment qui peut être tenu responsable lorsqu’un algorithme cause des dégâts. Les sessions suivantes aborderont la protection des personnes touchées par les conflits, la régulation technologique par les États africains et la capacité du continent à influencer les décisions internationales. Le colloque de Yaoundé, bien plus qu’un simple rendez-vous scientifique, représente un tournant stratégique supervisé par trois institutions aux expertises complémentaires : le CEDIC, moteur académique ; la Croix-Rouge camerounaise, forte sur le terrain ; et le CICR, référence en droit humanitaire. Ce colloque souligne la volonté de l’Afrique de ne pas seulement être un terrain d’expérimentation pour les technologies militaires étrangères, mais de prendre part à leur régulation. À une époque où la technologie s’infiltre dans les batailles, il est impératif que la guerre, même technologisée, ne perde jamais de vue l’humain. Les échanges, qui se poursuivront jusqu’au 27 novembre, aboutissent déjà à une conviction : l’avenir du droit humanitaire se joue aussi ici, à Yaoundé.

Guillaume Aimée Mete

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Abena Jonas

Journaliste et web journaliste, directeur des publications du journal Afrikinfo.net, Température  Contact : 697608331 ( Whatsapp ) Email : [email protected] // [email protected]

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