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Cameroun- Fédéralisme Communautaire: Pie Claude Ondobo pousse le bouchon plus loin

 

    La question semble être taboue au Cameroun, celle du choix du régime politique. Pie Claude Ondobo, camerounais de la diaspora résident en Belgique et panafricaniste confirmé, pose sur la place publique le débat sur la nécessité d’adopter le fédéralisme communautaire comme mode de gouvernance propre aux peuples africains et l’urgence de créer l’État fédéré des Ekangs . Une volonté qu’il a affirmé dans une tribune publiée par votre journal.

 

Voici cette tribune en exclusivité 

 

L’IDEE DE CREATION D’UN ETAT FEDERE EKANG : SOLUTION POUR UNE PROMOTION D’UNE RENAISSANCE ET UN RETOUR AUX SOURCES POLITIQUES ANCESTRALES AFRICAINES.

Parler de la création d’un Etat Ekang à première vue semble heurter certains esprits , qui pensent immédiatement que cela viendrait mettre à mal notre vivre ensemble .Parce que disent-ils: cela créera un replis identitaire ; ce qui serait d’après eux un danger pour notre modèle d’Etat jacobiniste concentrant tous les pouvoirs aux mains du chef de l’Etat garant de l’unité nationale.
La problématique de cette question de la structure de l’Etat au Cameroun est toujours d’actualité et divise , malgré la récente décentralisation du pouvoir en régionalisme.
Nous l’abordons donc ici, non pas dans un paradigme occidental comme le font les opposants à ce concept, mais plutôt dans celui typiquement d’ un africain, soucieux de son rapport avec ses origines et conscients des dégâts causés par le paradigme occidental, suite à l’esclavage la colonisation et leurs conséquences sur notre aliénation culturelle, politique, économique etc…
En effet, voir des penseurs africains continuer à soutenir des thèses renforçant notre aliénation culturelle, et la perte même de notre identité , tout en tuant dans l’œuf toute tentative de germination d’un retour à nos racines est inacceptable.
Quel est le modèle politique le mieux adapté à nos réalités socio-anthropologiques?
Est -il acceptable en tant qu’africain , prônant le panafricanisme d’aborder une telle problématique en excluant notre paradigme à nous africains?
Camerounais?
Ekang en particuliers?
Pourquoi avons-nous toujours besoin des modèles et cadres de références occidentaux tout en oubliant la culture africaine qui est la nôtre?
La finalité n’est -elle pas de changer positivement notre environnement grâce notamment à l’apport pragmatique de nos intellectuels?
La place de l’intellectuel africain dans le paradigme africain est au centre de ce débat sur la structure de l’Etat la mieux adaptée au Cameroun .
Dans notre approche, nous nous demandons comment faire pour mettre un terme au projet colonial d’acculturation des africains , via la structure de nos Etats actuels ?
N’est-il pas suffisamment clair aujourd’hui que les africains ne restent africains que via leur couleur de peau, à cause de nos politiques d’assimilation justement?
Peau noire masque blanche!
Encore qu’il existe certains qui ont choisi de se décaper celle ci, refusant même leurs cheveux crépus etc.
C’est ce qui nous servi continuellement au plan politique.

On comprend alors aisément toute l’importance de cette affirmation de Adama wade :
« Alors que les politiques sont aux prises avec la nécessité court-termiste des mandats à renouveler, les penseurs africains doivent s’offrir les moyens de la prospective rationnelle pour nous rappeler sans cesse au moyen d’arguments techniques que l’intégration politique, sociale économique et financière africaine constitue la seule voie possible, pour rompre avec 400 ans d’esclave, 100 ans de colonisation et 60 ans de néocolonialisme et de pauvreté « .(1)
Les opposants à ce concept de réadaptation de nos structures d’Etats, à aucun moment ne tiennent en compte tous ces dégâts causés par le jacobinisme au Cameroun., puisque ce dernier a continué la même politique d’assimilation, y compris celle de la structure de notre Etat, avec pour conséquences .
Du vol , les détournements scandaleux des deniers publics pendant le règne de l’Etat unitaire, à cause du comportement d’une élite spécialiste de l’enrichissement illicite et qui s’en fou de l’intérêt du groupe.
Une élite narguant même les pauvres. Laquelle a droit à tous les postes de l’administration centrale , confisquée par les grandes familles et la politique de » l’anormal rendu normal pour reprendre un concept du professeur Hubert Mono Ndzana :  » le ma partisme » ; une idéologie , théorie , pratique particulière de la notion de la gestion de la chose publique.
« Quelqu’un est quelqu’un parce qu’il a quelqu’un quelque part ».
Ceux qui n’ont personne nulle part ne sont rien.
Cette élite qui a finalement imposé comme norme le concept selon lequel;  » la chèvre broute là où elle est attachée ».
C’est cette élite et toutes ces pertes de valeur que les défenseurs du fédéralisme communautaire et particulièrement ceux de l’Etat fédéré Ekang condamnent avec la dernière énergie.

Le Cameroun c’est aussi nos villages, nos cantons, nos arrondissements, nos départements.
Et pas seulement les grandes villes. C’est cela nos communautés
Ces nombreux jeunes sans emplois, livrés et abandonnés à eux mêmes.
Ce sont ces gens délaissés qui demandent une nouvelle forme de développement à partir du village , une répartition équitable des richesses de ce pays, des routes, ainsi que la protection de leurs droits en tant que minorités ethniques.
Ils exigent la non liquidation de leurs terres parfois par l’Etat aux multinationales étrangères , ou arrachées par les plus puissants de la république.
Il n’existe pas d’Afrique sans ses villages, et de même toute politique devrait tenir compte de ce que nous appelons « l’âme immortelle du continent africain »; sanctuaire du communautarisme.
Lieux où sont parlées nos langues, mais qui disparaissent.

Au plan culturel , purement linguistique justement par exemple.
Ne vivons nous pas dans le Noso un exemple typique d’une guerre par procuration à nous imposée par nos anciens colons , qui nous divisent à cause de leurs langues importées chez nous?
Là est toute notre préoccupation.

En tenant compte du caractère riche des langues africaines telle que le considère l’UNESCO comme un véritable patrimoine de l’humanité , il faut être pris dans un tourbillon d’aliénation culturelle, voire mentale pour ne pas avoir honte de nous mêmes aujourd’hui.
Sur plus de 250 langues locales existants au Cameroun, aucune n’est enseignée aux camerounais de façon académique afin qu’ils se l’approprient.
Ces derniers sont contraints d’utiliser les deux langues coloniales pour communiquer en sacrifiant le patrimoine ancestral linguistique et toute sa richesse culturelle .
N’ayons pas peur des mots , y compris toute notre économie qui est pillée tout en nous clochardisant dans notre propre pays; dans nos propres régions, fixant ainsi tout notre logiciel de pensée vers l’extérieur, en terrain adverse où nous sommes contraints à livrer nos batailles tels nos matches de football sur terrains adverses, sans jamais songer à venir aussi les livrer chez nous à domicile comme des matches retour et avoir plus de chance pour les remporter.

A vrai dire, de notre point de vue, c’est cette question fondamentale que cherche à résoudre les concepteurs du fédéralisme communautaire au Cameroun , en s’appuyant sur un modèle politique le plus adapté à notre société multiculturelle , capable d’assurer notre développement, en s’appuyant sur nos propres ressources, tout en cherchant à redonner à notre peuple les valeurs morales et l’éthique nécessaire pour notre survie: voila les conditions de la renaissance africaine!.

De ce point de vue , »une sociologie africaine doit naître des cendres de la sociologie dominante confinée , depuis bientôt trois siècles , au seul paradigme cartésien dominant ternaire binaire et exclusiviste .
L’anthropologie est formelle : le paradigme africain est ternaire et complexe (….) , et permet via son modèle sociologique du tiers inclus où se déploie la notion ordre -désordre -organisation (….) le communautarisme africain et son corollaire de primat de la valeur , laissent entrevoir une lutte efficace contre le désordre social ,politique, économique induit par la raison économique  » dixit Mbombog Mbog Bassong « (2).
Ce modèle d’une organisation sociologique ancestrale africaine communautaire est de type pyramidal , et tient compte de nos langues et nos cultures :
La question du désordre sur les droits des minorités ethniques , bafoués et génocidées culturellement et linguistiquement, trouve donc ici naturellement , et raisonnablement sa solution.

Arrêtons donc tous nos complexes d’infériorités ,qui nous maintiennent dans une perpétuelle dépendance vis à vis de l’occident, tout en lui laissant chaque fois un boulevard entre nous, lui permettant de nous diviser, pour mieux régner tout en nous appauvrissant.

Certains ne se rendent même pas compte que nos enfants ne parlent plus nos langues
Pire ils sont des illettrés de notre culture ancestrale.
Comment peut-on être fier de léguer un tel héritage culturel à notre descendance?

C’est à croire que ces derniers se réjouissent de voir disparaître devant nos yeux sans s’alarmer tout cet héritage !
D’autres s’indignent par exemple qu’on parle Ewondo dans certains bureaux à Yaoundé.

Imaginons aussi que la même indignation aura lieu , si un tel scénario a lieu à Bafoussam , au cas où cette langue locale y est parlée , pour rester cohérent et ne pas duper les autres.

Pourtant les mêmes qui vivent par exemple en Flandre une région de la Belgique , un Etat fédéral , sont obligés de parler du Néerlandais et savent très bien , comment cette question identitaire linguistique locale est au centre de tout débat politique, et économique dans ce pays .
C’est une question vitale du point de vue économique, scientifique etc.. .

Nous allons donc nous appuyer sur l’exemple de la Belgique , pour montrer comment l’économie et la science, pensées dans un paradigme typiquement local , peuvent libérer un peuple et promouvoir sa culture , et son développement, avec au plan politique un parti politique régional tel que le « Vlaams belang « .(3) .
En effet en Belgique, lorsqu’ on choisit de vivre en zone flamande, la langue Néerlandaise devient de facto la seule à être parlée; bien que la Belgique soit trilingue (Français, Allemand, Néerlandais).
Toutes les études se font uniquement en cette langue.
L’inscription du résident à la commune pour les allogènes et autres étrangers est conditionnée à l’apprentissage et la maîtrise de cette dernière.
Il en est des études universitaires et des recherches se faisant dans cette partie du pays .
Sachant que les flamands n’avaient pas de droit de vote avant la 2eme guerre mondiale, et que le Français leur était imposé .
Il a fallu une énorme bataille politique pour que l’UCL (l’université catholique de Louvain ) se scinde en deux pour avoir son binôme autonome la KUL (Katholiek Universiteit van Leuven) .
Ainsi des bourses d’études sont accordées aux étudiants par la région flamande à condition que l’étudiant fasse ses études en Néerlandais.
Et c’est la culture et l’économie locales flamande qui en sortent renforcées et enrichies.
La Flandre est la région la plus prospère et riche en Belgique aujourd’hui , contrairement à la Wallonie jadis zone industrielle .
Ce qui est claire c’est qu’en s’appuyant sur sa langue locale, la Flandre s’est développée et est devenue le moteur de l’économie belge.

Quelle leçon pour le Cameroun?

L’exemple flamand montre que la science peut se pratiquer dans toutes les langues, et cela devient même un moteur pour booster l’économie locale, tout en facilitant l’intégration régionale , voire nationale en sauvegardant le précieux trésor qu’est la culture et la langue.

Ce qui est reproché au modèle camerounais aujourd’hui, est l’asphyxie , voir le génocide des langues locales au détriment des langues coloniales ou celles venues d’autres régions d’autres régions du pays , ayant des populations conquérantes.
L’apparition des dites colonies d’autres groupes sociologiques venant porter un coup mortel à toute culture autochtone.

Voilà donc pourquoi nous pensons que le modèle d’Etat fédéré Flamand peut être appliqué comme principe du fédéralisme communautaire au Cameroun, en choisissant une langue locale par région afin d’en faire la langue de chaque Etat fédéré.
Ainsi donc aucune discrimination ne se ferait dans l’attribution des bourses d’études à l’endroit des contribuables venant d’ailleurs .
Ce sont nos cultures que nous voulons sauver.

On peut faire des sciences en restant nous mêmes et non en détruisant ce que nous sommes.
En clair, si un bamiléké ou un peul choisit de vivre à Douala, il doit parler Douala la langue locale.
Le Douala deviendrait la langue de la région derrière le Français et l’Anglais qui pourraient disparaître dès qu’on le voudra
. Idem à Yaoundé où l’Ewondo jouerait le même rôle
A l’Ouest le Bafoussam , .
Au Nord le Peul ou le Haoussa etc..

Ainsi grâce à cette méthode, au bout de 20 ans, le Cameroun sera à mesure d’utiliser ses langues locales, tout en assurant son propre développement endogène.

Pourquoi cette solution fait -elle peur?
Pour nous départager, interrogeons donc notre peuple, et donnons lui la légitimité qui est la sienne de choisir son modèle structurel étatique qui lui convient!
Exigeons un référendum afin d’avoir droit à ce retour à nos sources.!

Blackman Ùndwáb Íswògò
Activiste panafricaniste engagé
Défenseur des traditions ancestrales africaines
Chargé de mission pour la décolonisation mentale des peuples mélanisés

Souces
(1) L’intellectuel africain du 21ème siècle
Par Adama WADE – 27 août, 2017
(2) La théorie Economique Africaine : L’alternative à la crise du capitalisme mondial
Essai sur le pouvoir de complexité Afrique -Antilles -Amériques
Mbombog Mbog Bassong
(3)Le Vlaams Belang (Intérêt flamand), qui s’appelait Vlaams Blok (Bloc flamand) jusqu’au 15 novembre 2004, est un parti politique nationaliste flamand, connu, y compris en dehors de la Belgique, pour ses idées conservatrices
http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/Vlaams%20Bel…/…/

Paul Fils Eloundou

Journaliste camerounais et maître en droit privé fondamental à l'Université de Yaoundé 2 SOA.

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