ActualitéÉconomieMis en avant

Cameroun- gouvernance forestière :Ghislain Fomou confirme la possible exploitation du bois en toutes légalités

Chargé des programmes au service d’appui aux initiatives locales développement ( SAILD) , Ghislain Fomou accorde un entretien à votre journal. Dans nos échanges il fait le bilan des réalisations du SAILD, ces 05 dernières annéeset, parle du projet  SVCL sur la gouvernance forestière rendu à sa phase 2.

Afrikinfo. Net : Présentez nous de façon sommaire le SAILD?

Ghislain Fomou : Le service d’appui aux initiatives locales de développement est une ONG internationale à la base, créée depuis 1988. Nous fêtons d’ailleurs nos 30 ans d’existence au Cameroun cette année . Nous travaillons d’emblée beaucoup plus sur les activités agropastorales de structuration et d’organisation paysanne, afin qu’elle se jette pour tirer bénéfice de l’exploitation  des produits agricoles . Depuis 2014, nous avons entrepris de réorganiser le SAILD. C’est ainsi qu’on a pu intégrer la gestion des ressources naturelles  notamment forestière. En effet, le monde rural, c’est déjà un tout. C’est les ressources, les communautés. Les paysans vivent d’abord des ressources qui sont autour d’elles avant de s’intéresser à d’autres. Ainsi donc, pour avoir une approche d’accompagnement intégrée et complète on s’est ouvert à la gestion des ressources naturelles spécifiquement forestières.
Aujourd’hui nous accompagnons des initiatives dans le département du Haut Nyong et de l’Extrême Nord Cameroun. Nous appuyons les initiatives d’amélioration de la production agricole et de la nutrition, la sécurité alimentaire en réalité. Dans ces deux zones nous appuyons des communautés à identifier, à pouvoir produire des spéculations aussi introduite particulièrement celles qui n’existaient pas . On peut par exemple citer le soja. Nous sommes entrain d’expérimenter l’approche agro-ecologique de l’agriculture. Celle qui réduit au maximum les impacts de l’agriculture sur la nature, les changements climatiques et aussi on encourage une production plus saine pour améliorer la santé des populations.

Afrikinfo. Net: Quels sont concrètement des actions menées par le SAILD au Cameroun ces dernières années ?

Ghislain Fomou :Avant toute chose, il est important de rappeler que le SAILD se déploie dans les 10 régions du Cameroun et touche plus de 76000 personnes ,comme en 2017. Et notre organisation s’active plus dans les zones ou l’indice de pauvreté est le plus marqué. D’où  nos interventions afin d’impulser un véritable changement. Nos priorités sont la sécurité alimentaire et la nutrition dans le secteur agropastoral des ruraux qu’on s’engage à renforcer.  Pour être plus complet dans l’accompagnement ,on a inséré l’approche gestion des ressources naturelles ,celle forestière et à cette suite nous avons le volet commutation.  Ces dernières années, on peut dire que le bilan est vaste. Raison pour laquelle, on préfère limiter à intervalle des cinq dernières années. Dans le secteur agro-pastoral, le cadre de l’amélioration de résilience des personnes déplacées (7000 personnes) ont bénéficié du projet initié avec la FAO. Le projet s’est déroulé dans les zones du septentrion, particulièrement, l’Extrême- Nord qui a connu des conflits. On distribue chaque année, 42 tonnes de semences de sorgho Sp,42 tonnes de semences de Niebé, 35 tonnes de semences de maïs et 350 tonnes d’engrais.
Toujours dans la quête d’amélioration de la nutrition et de la sécurité alimentaire, nous sommes à pied d’œuvre sur les projets en faveur de la lutte contre la malnutrition. C’est dans ce cadre que 537 bénéficiaires produisent le soja, 26 champs de démonstration propice à la culture du soja sont disponible, 65 tonnes de soja produites pour ne citer que ceux là.
Sur le plan de la gestion des ressources naturelles, nous avons lancé en 2016, la légalité et la traçabilité dans la région de l’Est Cameroun.  Pour finir, le volet communication est garni par la documentation et l’information à travers le journal la  » la voix du paysan ». Le programme «Une classe, une bibliothèque», a pour objectif principal de fournir une documentation suffisante qui va permettre la réalisation et l’amélioration des projets des usagers et jeunes dans l’Agro pastoral. A cet effet, le SAILD a distribué 16978 livres,pour le secondaire, 154 classes se sont dotées de bibliothèque et 127 écoles rurales en ont bénéficié. Pour ce qui est de notre journal, canal de diffusion d’information sur l’agropastoral avec 4000 exemplaires diffusés chaque mois en milieu rural.

Afrikinfo. Net :  Vous avez intégré depuis 2014 la gouvernance forestière dans vos missions. Pour être plus clair, le projet système de vérification communautaire de la légalité des bois des forêts communautaires au Cameroun( SVCL) en 2016, et donc la phase 1 s’est achevé l’année dernière. Que retenir de cette expérience avec les communautés ?

Ghislain Fomou : Ce qu’il faut retenir de cette expérience, est que c’est possible ! La région de l’Est Cameroun qui a été choisie pour implémenter ce projet, plus précisément une forêt communautaire du Haut Nyong regroupé autour d’une fédération appelé la FUGIRFOC, elle est constituée de 4 grands regroupements de forêt communautaire située dans divers localités.  Ainsi donc, pour le test, par une étude afin de mieux réaliser ce projet, on a travaillé avec la commune Atok,  Dimako ( association capable) et celle de Doumé ( Gic KAME de Paki). Maintenant, pourquoi c’est possible ? Par ce qu’à l’époque, lorsqu’on cherchait les financements pour mettre un système permettant de démontrer la légalité et la traçabilité des bois dans les forêts communautaires, plusieurs acteurs nous ont dit que c’est impossible de le faire.
Durant cette première phase, nous nous sommes limités à prouver à ces acteurs  que c’est possible de tracer les forêts communautaires en toute légalité et d’être dans les coûts de son exploitation. On a pu en 12 mois développer un système innovant, qui répond aux modes de l’heure en terme de nouvelle technique d’information et de communication. Ce système permet de donner l’information à temps et en temps réel aux acteurs qui en ont besoin. On s’est dont rendu compte que ce système est un outil qui obéit aux modes de gestions modernes.  Les communautés peuvent désormais suivre leur bois à l’aide de smartphone et de codes à barre. Pour ce qui est des  difficultés rencontrées, comme tout changement, le projet a fait face à une résistance. On a fait face aux réticences des communautés. Ceci du fait qu’elles ont autrefois connues des abus de certains de leur partenaire et même des ONG. On a travaillé dans ce sens pour établir un climat de confiance avec eux. Je crois que le résultat est visible avec une constante amélioration et un changement de mentalité.
Afrikinfo. Net : La phase 2 du projet SVCL a été rendue opérationnelle au mois de juillet dernier. Quel est le niveau de réalisation de cette étape ?

Ghislain Fomou :  Nous sommes à 50% d’avancement sur le terrain, dans le cadre de la phase 2 du projet ( SVCL). Notre démarche  consiste à responsabiliser les membres des forêts communautaires . L’objectif étant de faire que les acteurs soient à même de mettre en œuvre ce système permettant de fournir les informations fiables sur leur bois à tout moment et à temps. Pour bien mettre en œuvre ce projet on a décelé deux pôles de blocages . On a remarqué que pour le système de traçabilité, à l’époque les  inventaires ne reflétaient pas la réalité. Dès le début de cette étape, on s’est dit qu’il fallait tout faire pour faciliter l’accès aux inventaires fiables afin d’avoir la maîtrise de la ressource. Nous avons procédé primo, à l’organisation d’un atelier de formation des membres d’une brigade d’inventaire. Étant donné que l’inventaire permet d’avoir la maîtrise de la ressource et de ce fait très technique. Une seule personne ne saurait réaliser seul une inventaire, d’où la mutualisation des forces. On a dont identifier les  membres selon leurs compétences et les former en partenariat avec le ministère des forêts et de la faune . Ensuite nous avons recruté un cabinet d’étude spécialisé dans la réalisation d’inventaire sur le domaine forestier.  Dans la réalisation de ces inventaires, on a intégré les membres des forêts communautaires .  Après la formation en salle, il était question de mettre ces acteurs dans les réelles conditions. Pour ce fait, 05 forêts communautaires  ont été mobilisées, et on a mis en place cette brigade d’inventaire. Nous leur avons fourni le matériel, le soutien adéquat. Ce sera cette équipe qui va réaliser les inventaires désormais dans chacune des forêts communautaires. Autre chose, pour cette année on a préfinancé la réalisation des  inventaires, ce n’était pas juste une subvention.
Afrikinfo. Net : Pensez vous qu’a la fin de ce projet, en respectant la légalité et la traçabilité, l’État et les communautés pourront se faire des devises ?
Ghislain Fomou (SAILD) :  C’est là nos indicateurs et résultats à la fin de ce projet, c’est-à-dire améliorer considérablement le niveau de rentabilité aussi bien dans les communautés que dans les caisses de l’État. Nous avons fait des inventaires, et quand on les faits, les vrais bien sûre, on verse de l’argent dans les caisses de l’État pour avoir une base de données fiables.  Nous investissons pour avoir la maîtrise de la ressource. Vous ne pouvez pas vendre ce que vous ne connaissez pas. Ces inventaires vont nous permettre d’être crédible, en règle et de savoir quelle essence on a et à quel prix vendre. Ceci est non négligeable dans le marché international exigeant. L’entreprise étant tournée sur la recherche du bénéfice, nous allons former ces communautés sur le montage des business plans. Par la suite nous allons organiser les rencontres entre les communautés forestières avec les demandeurs des bois. Avec la maîtrise de la ressource et la garantie, je peux vous assurer au terme de ce projet, nous allons atteindre notre double objectif. Ces objectifs étant de démontrer la légalité et la traçabilité du bois, d’un autre côté, améliorer la rentabilité des  exploitations des communautés forestières impliquées dans le projet.

Paul Fils Eloundou

Journaliste camerounais et maître en droit privé fondamental à l'Université de Yaoundé 2 SOA.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page