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Hand On Heart : intégrer la famille au cœur du rétablissement en santé mentale

Hand On Heart : intégrer la famille au cœur du rétablissement en santé mentale

Hand On Heart : intégrer la famille au cœur du rétablissement en santé mentale

Au Cameroun, la santé mentale demeure un défi majeur de santé publique, encore largement entouré de tabous et de stigmatisation, particulièrement dans les zones rurales. C’est pour répondre à cette réalité que Sandrine Tchouamou épse Kameni a fondé en 2009 l’association Hand On Heart, dont elle est aujourd’hui la présidente fondatrice. Sa mission est claire : contribuer à améliorer les conditions de vie des personnes vivant avec des enjeux de santé mentale et soutenir leurs familles, trop souvent laissées en marge des parcours de soins.

« Dans le processus de rétablissement, on voit surtout le patient, mais très peu les membres de l’entourage. Pourtant, la famille porte le poids de la stigmatisation, de l’épuisement, de l’isolement et de la discrimination. J’en suis une », témoigne-t-elle.

Une association née d’un vécu personnel

L’engagement de Sandrine Tchouamou prend racine dans une histoire familiale marquée par la maladie mentale. Depuis l’âge de cinq ans, elle vit aux côtés d’une mère atteinte d’un trouble psychique. En 1999, sa sœur aînée développe à son tour la maladie et est diagnostiquée schizophrène. Aujourd’hui stabilisée grâce à un traitement suivi à vie, elle reste néanmoins confrontée aux préjugés sociaux.

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Dans leur environnement rural, la famille fait face à des jugements sévères. « La maladie mentale était assimilée à la sorcellerie. Nous avons été insultés, stigmatisés, traités de tous les noms », se souvient la fondatrice. Une expérience douloureuse qui met en lumière le manque d’information, de soutien et d’accompagnement des familles concernées.

C’est pour combler ce vide que Hand On Heart voit le jour. « J’ai voulu offrir aux autres ce que ma famille n’a jamais pu recevoir à temps : un espace d’écoute, de soutien, de prévention et d’espoir », explique Sandrine Tchouamou.

Faciliter l’accès aux soins et lutter contre la stigmatisation

La vision de Hand On Heart est de faciliter l’accès aux soins de santé mentale, en particulier pour les communautés rurales, tout en favorisant la mise en relation entre professionnels de santé mentale, patients et familles. Les actions de l’association reposent essentiellement sur la sensibilisation, l’éducation et le renforcement des capacités locales.

En 2025, l’association a formé 10 infirmiers au sein du District de Santé de Mfou dont 3 spécialisés en santé mentale, ainsi que 5 animateurs communautaires. L’objectif est de permettre à ces professionnels de première ligne d’intégrer la santé mentale dans leurs prises en charge quotidiennes.

Les formations ont porté sur trois axes majeurs : l’accompagnement psychosocial, la détection des troubles de santé mentale et la prévention du suicide, ainsi que le référencement vers les structures adaptées. L’association a également pris en compte la problématique de l’usure de compassion chez les soignants, en insistant sur l’importance d’une approche humaniste des soins.

Sept piliers pour une action globale

Aujourd’hui, Hand On Heart structure ses interventions autour de sept piliers majeurs :

1. La sensibilisation communautaire, pour briser les tabous, ouvrir le dialogue et prévenir la détresse psychologique.

2. Les consultations psychologiques gratuites, offrant un premier niveau de soutien, d’écoute active et d’orientation.

3. La formation des infirmiers et des animateurs communautaires, afin de créer un réseau local de sentinelles capables d’orienter les personnes concernées.

4. Les interventions en milieu scolaire, axées sur la gestion des émotions, l’estime de soi et les compétences psychosociales.

5. Le soutien aux familles, notamment à travers la pair-aidance familiale, pour rompre l’isolement des proches.

6. Le renforcement des structures locales, en coopération avec les services de santé publique pour intégrer durablement la santé mentale.

7. Le développement de partenariats, avec des organisations nationales et internationales, afin d’assurer l’impact et la pérennité des projets.

Vers un modèle durable de santé mentale

Hand On Heart travaille actuellement avec l’hôpital de district de Mfou, qui sert de site pilote pour la mise en place d’un modèle durable de prise en charge en santé mentale. L’ambition est d’étendre cette initiative à d’autres hôpitaux publics du pays.

Si l’association ne bénéficie pas encore du soutien de l’État, elle fonctionne grâce à des subventions privées accordées par un partenaire, lui permettant de poursuivre ses activités sur le terrain.

À travers Hand On Heart, Sandrine Tchouamou épse Kameni porte un message fort : le rétablissement en santé mentale ne peut être complet sans l’implication des familles et des communautés. Un plaidoyer essentiel dans un contexte où informer, prévenir et accompagner restent des leviers clés pour une société plus inclusive et plus humaine.

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