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Cameroun- Pratique occulte dans les établissements scolaires le phénomène prend de l’ampleur à Kribi

La récente interpellation de trois jeunes élèves du lycée Bilingue de Kribi, pour pratique occulte cache difficilement un mal qui prend de l’ampleur dans la cité balnéaire. La ville de Kribi du fait de son développement socio-économique expose les tares d’une société qui n’est pas prête à assumer son destin de grand pôle touristique et économique de la sous région.

C’est une actualité qui fait de grands bruits dans la cité balnéaire, trois élèves de 4ème, 3ème et 1ère sont actuellement en garde à vue et sous exploitation des enquêteurs de la compagnie de gendarmerie de l’Océan. Depuis leur interpellation, c’est la psychose au sein de la famille de l’éducation au lycée Bilingue de Kribi. Des témoignages concordants affirment que ces derniers font l’objet d’une enquête judiciaire pour pratique de sorcellerie.

La pratique en elle même est connue pour les abonnés des réseaux sociaux tombés sous le charme des vendeurs d’illusions béninois qui promettent à leurs adeptes des portes- monnaies magiques, ayant pour objectif la multiplication des billets de banques à l’effet de contenter les besoins de leurs détenteurs.

Mais pour y accéder un rite d’initiation magique occulte s’impose; ceci avec pour objectif de permettre à ceux-ci d’accéder à la gloire.

En général tout se déroule dans des maisons closes ou auberges. Mais pour le cas précis d’un des élèves, le rite va se dérouler dans un chantier abandonné non loin de son établissement scolaire.

Les faits se déroulent en Décembre dernier. Ce qui pourrait s’apparenter à un fait banal prend des proportions inquiétantes au fil des recoupements de faits. Loin d’être un cas isolé, des informations recueillies par diverses sources font état d’une situation suivie ici depuis des mois.

Plusieurs élèves affirment avoir été approchés par des diseurs d’aventures venus de la ville de Douala, avec des mallettes d’argent dans de grosses cylindrés, dans des opérations de charme dont l’objectif est de recruter des nouveaux adeptes dans leurs cercles.

C’est d’ailleurs par ce procédé qu’un des élèves entrera en contact avec ces derniers. Ayant bénéficié des générosités du gourou, le pot aux roses est découvert au moment de la contrepartie.

Cependant à Kribi, si le phénomène n’est pas du tout inconnu du corps enseignant, ce sont les proportions qu’il prend dans la société qui inquiètent.

Emmanuel est vacataire dans plusieurs établissements secondaires de la ville. Pour lui, « ça fait un peu plus de 4 ans que je suis enseignant dans la ville, il m’est arrivé de surprendre à plusieurs reprises des élèves dans des situations vraiment compromettantes. » explique t-il.

« Sur leurs tables bancs, ils y laissent des insignes, des marques de certaines sectes; en général on se dit que ce sont les effets de la médiatisation de ces choses et qu’ils le font juste pour paraître, pour se faire voir, je veux dire quoi, juste par conformisme, j’avoue qu’on est loin de penser qu’ils y adhèrent réellement. » ajoute t-il.  » Il faut avouer que le phénomène prend de plus en plus des proportions inquiétantes, dans la ville. Aujourd’hui il n’y a pas qu’au Lycée Bilingue que l’on voit ça. Dans la quasi totalité des établissements de la ville, nos élèves sont de plus en plus adeptes de ces pratiques, pour diverses raisons. »

Ce que nous confie Emmanuel est confirmé par son collègue enseignant de langue française:  » Il m’est arrivé de voir sur les cahiers de certains des élèves des insignes particuliers et j’ai fait des recherches sur ces derniers sur le net, j’ai découvert pleins de choses sur leurs significations, parfois mystiques sur ces marques, je me demande toujours si ces enfants savent très exactement de quoi est ce qu’il est question ou c’est juste pour frimer comme ils aiment à le dire? » s’interroge t-il.

Cependant pour plusieurs experts, les responsabilités sont partagées. Spécialement pour une ville comme Kribi qui connaît un essor socioé-conomique et démographique important du fait de l’implantation de plusieurs projets structurants.

Pour des anthropologues comme des sociologues, l’apparition de tels phénomènes ne surprend guère. D’ailleurs ces derniers affirment que les études d’impact environnementales et sociales, des différents projets ont suffisamment identifié les risques auxquels la ville ferait face.

Pour eux, ce qui ferait plus problème ce n’est pas l’apparition de ces risques, mais la mise en application des plans de gestion environnementale et sociale sensés juguler ces phénomènes à travers la mise sur pied des structures sociales chargées d’accompagner ces projets dans divers secteurs.

Pour essayer de comprendre le phénomène en profondeur nous avons rencontré Henri William SABIKANDA, expert des questions liées à l’éducation et non moins Inspecteur Pédagogique Régional pour le Sud, au Ministère des Enseignements Secondaires.

Qu’est-ce qui peut justifier la recrudescence, l’amplification du phénomène des pratiques occultes au sein des établissements scolaires ?

Sans nul doute l’absence de repères, l’errance spirituelle, le suivisme et la naïveté, la témérité des forces obscures à avilir la jeune garde; et surtout des missions commandées « des princes de la terre » (je n’en dirai pas plus ).Ce n’est pas une nouveauté. Le phénomène des pratiques occultes au sein de nos établissements scolaires tire ses origines des (dys)fonctionnements de notre société, des croyances familiales, de la porosité de nos valeurs culturelles et de ce que j’appelle « les nouveaux idéaux du Monde ».

Où situez-vous le degré de responsabilité ?

Les responsabilités sont à la fois collectives et individuelles. S’attaquer aux dérives culturelles sans une autopsie préalable sur les raisons profondes de la dégénérescence de notre société est une aventure ambiguë. C’est le lieu de le dire, c’est le cas pour le dire. Le prétexte du Lycée Bilingue de Kribi doit être une sonnette d’alarme globale En effet, les niveaux de réflexions pour adresser les questions sociale, morale et spirituelle voire idéologique sont institutionnels et structurels, stratégiques et fonctionnels. D’où la difficulté pour moi d’esquisser une tentative heureuse de réponse, de réponses; car, c’est de fait, une question délicate qui traduit le relâchement, l’affaissement et le désengagement de plusieurs strates de responsabilités au sein de notre société, d’une part; et le côté peu fécond ou effets dévastateurs de l’espace virtuel (internet ), d’autre part. Ou alors, tout ce que nous vivons aujourd’hui traduit les repères du « nouveau Monde » où l’éthique de l’avoir, du paraître et du pouvoir à tous les prix font ravage. Je choisis, comme angle de lecture, de m’attaquer au niveau fonctionnel de notre société.

Quand vous parlez de l’affaissement et le désengagement de plusieurs strates de responsabilités au sein de notre société, vous faites allusions à quoi ?

S’agissant de la réflexion sur le relâchement des strates de responsabilités, on peut observer, sans risque de se tromper, la démission de nombreux parents de leurs responsabilités primordiales vis-à-vis de leurs progéniture. Démission à tous les niveaux. Ensuite, il est également non moins significatif de relever l’affaissement de la vie spirituelle au sein des familles. À quoi est-ce que cela est dû ? Dieu seul peut aisément apporter réponse totalisante à cette question. Enfin, la pression sociale liée aux conditions matérielles précaires de nombreux foyers familiaux peut aussi expliquer, en partie, ce que nous observons actuellement au sujet de la décadence sociale.
Pour vous le côté peu fécond ou effets dévastateurs de l’espace virtuel (internet ) renvoi à quoi?

De fait, dans le cadre d’un usage rigoureusement contrôlé, responsable et vertueux, Internet (notamment les Réseaux Sociaux ) peut s’avérer être un instrument d’épanouissement, de développement à tous points de vues. Seulement, l’incidence des effets dévastateurs est grande, très grande. Il faut le savoir: Internet donne accès à tout, vraiment tout. Autant, on peut y faire des recherches pour préparer un exposé de classe, autant un esprit pas préparé, mal préparé peut malheureusement avoir accès aux codes initiatiques de la magie noire. L’actualité du Lycée Bilingue de Kribi n’est qu’un prétexte, la partie visible de l’iceberg. Le mal est profond.

Que faut-il donc faire, existe t-il une solution efficace contre ce phénomène qui prend de l’ampleur ?

Pour ma part, je préconise une large concertation avec tous les acteurs de la vie sociale à l’effet de poser un diagnostic complet sur la question et des résolutions à la fois globales et spécifiques. Et, au-delà de tout, il faut un contrôle, une filtration systématique des contenus mis à la disposition des utilisateurs des NTIC. Il est encore temps pour opérer ces recadrages structurels et aussi fonctionnels. Par ailleurs, il serait bien que des réformes structurelles, institutionnelles et stratégiques soient rapidement engagées; et ceci dans plusieurs domaines dont la gestion des NTIC au Cameroun, la culture et l’éducation et peut-être aussi les conditions de vie des Camerounais. Un individu matériellement et spirituellement pauvre est un cancer pour la cité. Il faut absolument (re)fonder l’éducation de notre jeunesse sur des valeurs sempiternelles plutôt que les antivaleurs de la concupiscence.

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