Cameroun : Kamga dénonce la captation du discours populaire après 2025

Une analyse critique de la légitimité post-électorale
L’acteur de la société civile et promoteur de l’Offre Orange, Hilaire Kamga, a récemment publié une analyse sévère du paysage politique camerounais au lendemain de l’élection présidentielle d’octobre 2025. Ses réflexions, initialement parues dans Le Courrier du Cameroun, portent sur les mécanismes de légitimation du pouvoir dans un contexte de participation électorale historiquement faible.
Le paradoxe d’un peuple invoqué mais absent des urnes
Le constat central de Kamga repose sur un paradoxe : l’invocation récurrente du « peuple » dans les discours des principaux candidats contraste avec une mobilisation électorale qu’il estime inférieure à 17% du corps électoral. Pour l’analyste, cette situation révèle une fracture structurelle entre la rhétorique politique et l’adhésion citoyenne réelle. Il souligne que la légalité du processus, bien que validée par les institutions, ne suffit pas à établir une légitimité incontestée, celle-ci apparaissant au contraire fragmentée.
La « captation discursive » et les chiffres qui interrogent
Kamga mobilise le concept de « captation discursive du peuple ». Il explique que des acteurs politiques, représentant une minorité du potentiel électoral, s’approprient le discours pour prétendre incarner la volonté de l’ensemble de la nation. Selon lui, cette pratique peut transformer une base légale fragile en une légitimation fictive, ouvrant la voie à ce qu’il qualifie de « dictature des minorités », un phénomène favorisé, selon son analyse, par le scrutin majoritaire à un tour et l’abstention massive.
Pour étayer son propos, il s’appuie sur les données officielles du Conseil Constitutionnel et sur les chiffres avancés par les partisans d’Issa Tchiroma Bakary, arrivé deuxième. Selon ses calculs, les deux principaux candidats, Paul Biya et Issa Tchiroma Bakary, auraient cumulé environ 4,1 millions de suffrages valablement exprimés. Face à un corps électoral potentiel de plus de 8 millions d’inscrits, selon les chiffres d’Elections Cameroun, aucun des deux n’aurait ainsi obtenu le soutien d’un quart des électeurs inscrits. Pourtant, chacun revendique de parler au nom du peuple tout entier.
Une légitimité fondée sur l’institution plus que sur l’adhésion
La conclusion de cette analyse met en lumière une contradiction fondamentale : la source de la légitimé proclamée par les protagonistes ne découlerait pas d’une adhésion massive et claire des citoyens, mais reposerait essentiellement sur des mécanismes institutionnels. Cette réflexion de Hilaire Kamga intervient comme une contribution au débat sur la qualité de la représentation démocratique et la nature du contrat entre gouvernants et gouvernés au Cameroun, dans un cycle politique post-électoral où la question de la représentativité reste centrale.



