Politique

Cameroun : un avocat dénonce les conditions de détention à Bagangté

L’avocat Me Fabien Kegne, qui défend des personnes interpellées après les manifestations ayant suivi l’élection présidentielle de 2025, a fait état de conditions de détention alarmantes à la prison de Bagangté, dans la région de l’Ouest du Cameroun. Son témoignage, recueilli à l’issue d’une visite sur place, met en lumière plusieurs cas individuels ainsi que des dysfonctionnements institutionnels.

Transferts et prise en charge médicale défaillants

Lors de sa visite, Me Kegne a assisté au transfert d’un détenu, Emaleu Idriss, depuis l’hôpital régional de Bafoussam vers l’établissement pénitentiaire. Selon ses observations, l’homme, blessé par balle à la cuisse fin octobre 2025, se déplaçait difficilement à l’aide de béquilles et ne semblait pas avoir totalement récupéré. Les agents présents auraient eux-mêmes suggéré à l’avocat de demander son retour à l’hôpital pour une intervention chirurgicale.

Un autre cas rapporté concerne un ressortissant tchadien, Souleymane Parfait Zakaria, qui serait alité depuis plusieurs jours sans recevoir de soins ni s’alimenter, l’infirmerie de la prison faisant face à des pénuries de matériel.

La présence de mineurs parmi les détenus

L’avocat a également constaté, parmi le groupe de détenus qu’il a rencontrés, la présence de sept individus mineurs au moment des faits, âgés de 16 à 17 ans. La majorité d’entre eux étaient scolarisés. Un étudiant de l’Université des Technologies de Bandjoun, Tchofang Franck Wilfried, figure aussi parmi les personnes interpellées. Selon le récit de Me Kegne, ce dernier aurait été arrêté début novembre 2025 alors qu’il se rendait aux champs avec sa mère, sans motif apparent.

Circonstances d’arrestation et allégations de violences

Parmi les autres cas évoqués se trouve celui de Ngouawounon Felix Raoul, un Camerounais de retour d’Allemagne. Arrêté alors qu’il circulait à moto avant le début des manifestations, il aurait été interpellé pour le simple fait de porter un drapeau. Il affirme avoir subi des violences ayant entraîné une blessure au genou, pour laquelle il solliciterait en vain une opération.

Ces individus, placés en détention provisoire à la prison de Bagangté le 4 novembre 2025 par la magistrate Immaculate Tifuh Mukum, auraient été entendus deux semaines plus tard. Depuis cette audition, leur dossier ne connaîtrait plus d’avancée, créant un sentiment d’impasse procédurale.

Un constat d’immobilisme institutionnel

Me Kegne décrit une situation où la responsabilité des dossiers semble diluée. Interrogé, le régisseur de la prison aurait indiqué que son rôle se limitait à la garde des détenus. L’avocat rapporte que les différents interlocuteurs institutionnels rencontrés évoquent une attente d’instructions, sans qu’une chaîne de décision claire ne soit identifiée. Ce témoignage soulève des questions sur le traitement judiciaire et pénitentiaire des personnes arrêtées dans un contexte de tensions politiques.

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