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Coopération monétaire France- Afrique: Éric Eloundou dénonce le jeu trouble de Macron

 

 Dans une chronique intitulée -La France « entérine » la fin du Franc CFA : chronique des derniers gémissements d’un monstre à plusieurs têtes(…) sur son compte facebook, le jeune enseignant à l’Université catholique d’Afrique centrale et entrepreneur du secteur financier Éric Eloundou parle des derniers jours du franc CFA. Et l’urgence des États africains de l’Union africaine à réfléchir sur une monnaie commune pour impulser le décollage de nos économies. 

 

   Intégralité  de sa réaction sur le franc CFA

A l’évidence, les manoeuvres actuelles de la France, servent davantage à la diversion plutôt qu’à un changement structurel de fond.

En Afrique de l’ouest, la France tente en effet de perpétuer sa stratégie de déstructuration des économies africaines, en paralysant leur politique économique et monétaire.

Je dirais que c’est de bonne guerre, compte tenu des enjeux que cela représente pour elle et pour l’Europe en général…

En s’incrustant dans le projet ECO de la CEDEAO, dont elle n’était pas du tout partie prenante, la France tente une manœuvre digne de sa culture impérialiste séculaire et extrêmement vicieuse, aidée en cela par certains dirigeants africains qui devront un jour rendre gorge à leur peuple…

Avec un tel coup de poker, la France gagnerait à tous les coups : si les autres pays de la CEDEAO cèdent, elle reste au centre de la politique monétaire africaine ; et si ces pays résistent, la combine de la France freinera durablement le projet d’une monnaie unique dans cette zone, et éloignera par conséquent davantage la perspective d’une union monétaire au niveau continental…

Et c’est ce qui me semble être le vrai objectif des actions engagées depuis décembre 2019 par les autorités françaises, au lendemain de la levée de bouclier des dirigeants de la zone UMAC, de l’Afrique centrale, face à une énième menace de dévaluation du FCFA, consécutive à la détérioration du cours du pétrole et donc des réserves de change de nombreux pays africains fortement dépendants des recettes pétrolières.

Cette stratégie déstructuration des économies africaines par la paralysie de la politique monétaire est pensée depuis la fin du 19ème siècle, marquée par l’abolition de l’esclavage et le début de la colonisation en 1885, année où les pays européens se sont partagés les territoires africains, à l’issue de la fameuse conférence de Berlin.

La France reste le seul pays européen à jouir allègrement de cet héritage colonial au grand mépris des droits de l’homme et de la « liberté » des peuples. Mais elle bénéficie du soutien de tous les autres pays occidentaux qui en tirent des dividendes même de façon indirecte…

A mon sens, le sujet du FCFA n’est ni économique, ni juridique, ni monétaire, ni politique…

C’est simplement un abus de position dominante de la part de la France qui se sert de son influence et de ses alliances militaires avec d’autres pays occidentaux, pour imposer aux pays d’Afrique subsaharienne une stratégie économique et monétaire dont tous les experts du monde s’accordent à dénoncer, depuis plusieurs décennies, les effets pervers sur la capacité à mettre en œuvre des politiques efficaces de transformation structurelle.

La preuve, si besoin était encore, c’est que ces mêmes pays occidentaux usent et abusent pleinement de leurs propres planches à billets depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, sans que cela ne pose de problème à personne…

En Afrique centrale, les Chefs d’état ont pris l’option en novembre 2019, de disposer d’une monnaie forte.

Concernant particulièrement la coopération monétaire avec la France, ils ont décidé d’engager une réflexion approfondie sur les conditions et le cadre d’une nouvelle coopération.

A cet effet, ils ont chargé la Commission de la CEMAC et la BEAC de proposer, dans des délais raisonnables, un schéma approprié conduisant à l’évolution d’une monnaie.

Alors que les résultats de cette réflexion restent toujours attendues, la France met la pression aux pays de l’UMOA, pour torpiller le projet ECO de la CEDEAO.

Or, la dynamique prônée par l’Union Africaine laissait espérer une inclusion des pays de l’UMAC dans le projet ECO, qui aurait alors abouti à la plus grande zone monétaire du monde…

En cette semaine de célébration de l’unité africaine, je fonde l’espoir que cette vision soit celle que retiendront tous les dirigeants du Continent, et que l’Union Africaine accélère les négociations pour la coopération militaire entre les pays africains, de façon à développer très rapidement une force de défense continentale en plus du renforcement des armes nationales et des infrastructures militaires.

Malheureusement, il faut admettre que des actions comme la signature, le 21 décembre 2019, par les dirigeants de l’UEMOA de l’accord CFA-ECO avec la France, ne sont pas de nature à nourrir de tels espoirs…

Les articles 2 et 8 de l’accord signé entre la France et les pays de l’UEMOA en décembre 2019 montrent bien que nous sommes dans la pure diversion et que la France garde la main mise sur la politique monétaire de ces pays, sans aucune contrepartie transparente de sa part.

D’une part, la garantie qu’elle offre a très peu de chance d’être appelée dans la mesure où elle est précédée d’un ensemble de mesures de redressement ; et d’autre part, au-delà des engagements pris formellement par les dirigeants africains, les articles 2 et 8 trahissent le caractère peu transparent des autres contreparties non conventionnelles dont bénéficie la France dans cet accord…

En réalité, l’accord entérine de fait l’incapacité des pays africains à gérer de façon indépendante leur monnaie et à se servir des instruments du marché financier international, dont se servent tous les autres pays, pour gérer efficacement leurs échanges commerciaux et financiers internationaux…

La France, contrairement à ce qui est annoncé à grand renfort de médias, peut désigner un représentant au conseil d’administration de la BCEAO dès lors que les conditions d’appel de sa garantie sont réunies.

Elle est informée de toutes les mesures de politique monétaire et peut par conséquent toujours intervenir par divers mécanismes d’influence diplomatique et militaire pour préserver ses intérêts.

Dans ces conditions, les pays de l’UMOA, dans le contexte actuel COVID-19 par exemple, ne peuvent pas utiliser le levier monétaire qui permet d’injecter plus d’argent dans l’économie soit pour relancer les investissements (politique de l’offre), soit pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages (politique de la demande).

Ces pays sont donc forcés, à défaut de battre leur propre monnaie, de s’endetter auprès des organismes internationaux (FMI, Banque Mondiale) ou d’autres pays étrangers, et par conséquent de solliciter la garantie de la France, dont ils auraient pu se passer s’ils contrôlaient directement leur politique monétaire…

Convaincu de ce que les dirigeants africains ne sont pas sots à ce point pour ne pas comprendre ce qui précède, j’en conclus une fois de plus, que c’est par l’influence militaire que la France procède pour soumettre nos dirigeants…

La situation de la Lybie semble plus que dissuasive dans ce sens, pour ceux qui oseraient douter des enjeux stratégiques et de la détermination de la France…

Le véritable défi pour les pays africains apparaît donc comme étant prioritairement d’ordre sécuritaire et militaire. Nos pays doivent se doter de moyens puissants de défense militaire et sécuritaire, pour mener efficacement la reconquête de leur souveraineté totale. Dans ce sens, la diversification de la coopération militaire avec plusieurs puissances militaires est une excellente option, dans un contexte international de vulgarisation du terrorisme d’État…

Dans un tel contexte, il faut situer la question du Franc CFA dans la stratégie d’enrichissement illicite de la France, soutenue par les autres pays occidentaux, notamment européens, qui profitent de cette manne pour exporter leurs produits et services en Afrique, et assurer par conséquent la bonne santé de leurs propres économies.

Car en effet, si l’Afrique subsaharienne parvient à s’industrialiser et donc, à satisfaire par sa propre production les besoins de consommation de sa population, les entreprises européennes s’en trouveraient fortement handicapées, les marchés asiatiques et américains étant fortement concurrentiels pour leurs produits et services…

COVID-19 a exacerbé cette situation extrêmement périlleuse de l’économie occidentale et est très opportunément instrumentalisé pour camoufler une sévère crise économique et financière qui sévit en Occident depuis 2008, et que les autorités monétaires de ces pays camouflent à coups de billions d’euros ou de dollars injectés dans l’économie.

Sauf que tout cet argent passe essentiellement par les circuits financiers spéculatifs et se retrouvent accumulé entre les mains de quelques personnes qui contrôlent lesdits circuits depuis les années 1945, post 2ème guerre mondiale.

C’est la raison pour laquelle la politique monétaire dans les pays occidentaux est devenue totalement inopérante pour améliorer les conditions de vie des populations de façon générale et que la situation risque d’aboutir à une véritable révolution populaire dans les mois qui viennent.

A mon sens, les pays africains doivent user de ruse et de patience et ne pas se précipiter à signer quoi que ce soit qui engage durablement nos pays vis-à-vis de la France, sur le plan monétaire.

Dans un futur relativement proche, les pays occidentaux risquent d’imploser s’ils ne se décident pas à changer radicalement leur politique économique et sociale, pour mettre l’économie au service des populations et non l’inverse.

En faisant voter le projet de loi sur le Franc CFA à l’assemblée nationale française, alors que toutes les conditions de formalisation de ces accords ne sont pas encore remplies côté africain, le Président Macron essaie juste d’amplifier la pression sur ses homologues africains de l’UEMOA. Au niveau de l’UMAC, il a croisé le fer et a bien compris que la manœuvre ne prendra pas.

Il essaie par conséquent de diviser davantage les 2 zones CFA, pour créer plus de distance, voire d’animosité, et obliger les 2 groupes à faire cavalier seul chacun.

Il faut craindre dans un tel contexte, de voir les foyers artificiels ou réels de tension sécuritaire et militaire se multiplier en Afrique subsaharienne, car les dirigeants africains sont pris entre le marteau français et l’enclume populaire, représenté par une population en forte croissance et dont les aspirations à une aisance matérielle légitime exerce une contre-pression extraordinaire, dépassant les limites des frontières nationales ou régionales africaines…

L’heure semble donc avoir bel et bien sonné pour que les dirigeants occidentaux et africains servent les intérêts communs de leurs peuples, qui aspirent finalement tous à la même chose : le bien-être…

Eric Eloundou Ngah

Paul Fils Eloundou

Journaliste camerounais et maître en droit privé fondamental à l'Université de Yaoundé 2 SOA.

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