HRW dénonce les expulsions américaines vers le Cameroun

L’organisation internationale Human Rights Watch (HRW) a publié une mise en garde concernant la sécurité des personnes expulsées des États-Unis vers le Cameroun. Selon le rapport de l’ONG, cette pratique, mise en œuvre dans le cadre d’un accord bilatéral non public, exposerait les individus concernés à des risques graves.
Une opération d’expulsion vers un pays tiers
Au cours des mois de janvier et février, les autorités américaines ont procédé au transfert de dix-sept personnes vers le Cameroun. Ce groupe, composé d’hommes et de femmes, incluait des demandeurs d’asile ainsi qu’une personne reconnue apatride. Ils étaient originaires de neuf pays africains distincts : l’Angola, la République démocratique du Congo, l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Maroc, le Sénégal, la Sierra Leone et le Zimbabwe.
HRW souligne que plusieurs de ces personnes, bien que n’étant pas éligibles à l’asile sur le sol américain, bénéficiaient d’une protection juridique les empêchant d’être renvoyées vers leur pays d’origine, en raison de craintes crédibles de persécution ou de mauvais traitements. Leur expulsion vers le Cameroun, un pays tiers, aurait ainsi permis de contourner ces garanties légales.
Détentions arbitraires et situation sécuritaire préoccupante
Dès leur arrivée à Yaoundé, les personnes expulsées ont été placées en détention par les forces de l’ordre camerounaises, une mesure que HRW qualifie d’arbitraire, faute de base légale claire. Les rapports indiquent que deux d’entre elles ont depuis été contraintes de regagner leur pays d’origine, tandis que quinze autres demeurent détenues dans la capitale.
L’organisation rappelle que le Cameroun, bien que signataire de la Convention de 1951 sur le statut des réfugiés, est le théâtre de conflits armés et de violences dans plusieurs régions. Le contexte sécuritaire, marqué par des exactions attribuées à la fois à des groupes armés et aux forces gouvernementales, ainsi que par des restrictions des libertés fondamentales, rend le pays inapproprié pour de telles expulsions, selon les défenseurs des droits.
La chercheuse Lauren Seibert, de la division Droits des réfugiés et migrants de HRW, a également pointé du doigt les entraves à la liberté de la presse, des journalistes ayant été détenus et maltraités pour avoir tenté d’enquêter sur le sort des expulsés.
Des accusations de violations du droit international
Le rapport avance que ces transferts vers le Cameroun pourraient constituer un cas de refoulement, pratique interdite par le droit international, qui consiste à renvoyer une personne vers un territoire où sa vie ou sa liberté sont menacées. HRW estime que les États-Unis, en ayant connaissance des risques encourus, ont violé leurs obligations.
L’ONG appelle par conséquent le gouvernement camerounais à libérer immédiatement les personnes encore détenues, à leur assurer une protection contre un renvoi forcé et à faciliter leur retour aux États-Unis. Elle exhorte parallèlement le système judiciaire et le Congrès américains à œuvrer pour la fin des accords d’expulsion vers des pays tiers ne garantissant pas le respect des droits fondamentaux.



