Lutte contre l’Onchocercose : le Cameroun, sur le chemin de la guérison
Le temps s’est écoulé depuis le début du combat que mène le gouvernement Camerounais et ses partenaires, pour mettre un terme à la cécité des rivières (Onchocercose). Les actions menées sur le terrain dessinent une potentielle éradication de la maladie.
Sur la liste des maladies tropicales négligées à chimiothérapie préventive, l’onchocercose est identifiée comme un problème de santé publique. D’après les statistiques, 464 millions de personnes infectées, soit 30% du total mondial, vivent dans 34 pays d’Afrique, dont le Cameroun. L’onchocercose est de ce fait identifiée comme un problème de santé publique au Cameroun depuis 1980 et les interventions de lutte contre cette pathologie ont véritablement commencé à se faire ressentir au début des années 1990.
Les chiffres rendus publics en février 2017 par André Mama Fouda, ministre de la santé publique camerounaise, font état d’un taux de prévalence au niveau national d’environ 30%. Les taux de prévalence dans les régions du Centre et du Littoral sont respectivement de 50% et 60%. On souligne par ailleurs, une réticence pour combattre contre cette pathologie handicapante qui peut provoquer des atteintes cutanées et des atteintes oculaires pouvant conduire à la cécité. A cet effet, le gouvernement a lancé une stratégie de traitement à l’Ivermectine sous directives communautaires (TIDC), axée sur la distribution annuelle dans les communautés de l’Ivermectine ou Mectizan. La première campagne de ce genre a été lancée dans six aires du district de santé d’Okola (arrondissement située à une trentaine de kilomètres de Yaoundé), en 1999. Malheureusement, le traitement a provoqué chez certaines personnes de graves effets secondaires. Un phénomène qui a de fait, entraîné une réticence chez les populations, freinant ainsi la lutte contre la maladie.

Nouvelle stratégie
Cette situation a amené une équipe de chercheurs du Centre de recherche sur les filarioses et autres maladies tropicales (CRFILMT) dirigée par le Pr Joseph Kamgno, à mener des investigations sur le terrain. Ces enquêtes ont permis de comprendre que c’est la co-endémicité avec une autre filaire, la Loase, qui été responsable de ces accidents thérapeutiques. En effet, les personnes à risque de faire des effets secondaires graves, sont celles qui hébergent des charges très élevées de la filaire Loa Loa (parasite responsable de la loase) dans le sang. C’est ainsi que ledit centre que dirige le Pr Joseph Kamgno, a mis sur pied une nouvelle approche basée sur la stratégie « Test and Treat » en français Tester et Traiter (TNT). Une approche qui consiste à tester systématiquement les populations avant de leur administrer le Mectizan. Celles qui ne peuvent pas recevoir le Mectizan sont prises en charge de manière spécifique. « On a donc essayé de trouver un moyen de prévenir les effets indésirables ; et l’une des pistes c’était d’identifier avant l’administration du Mectizan, les personnes qui sont porteuses de charges importantes de la loase dans leur sang » affirme le Pr. Joseph Kamgno qui, par ailleurs, assure la surveillance et l’appui à la prise en charge de ces effets secondaires graves au Cameroun depuis 2003. Il convient de souligner que le développement du Cellscope loa ou encore LoaScope a été financé par la Fondation Bill et Melinda Gates, et il est utilisé pour la première fois au Cameroun dans le cadre de la lutte contre l’Onchocercose. Le LoaScope, un outil de diagnostic rapide par téléphone mobile.
Résultats satisfaisants
Avec l’appui de la France, à travers l’Institut pour la Recherche et le Développement (IRD) et le gouvernement camerounais, la première campagne de la nouvelle stratégie a été lancée à Okola en 2015. Elle a permis de tester et traiter 16 000 personnes dans cet arrondissement qui abrite une population estimée à environ 50 000 personnes. En mars 2017, après une campagne de communication intense, André Mama Fouda, a lancé toujours à Okola, une autre campagne de Test and Treat. Le CRFILMT fait savoir que les résultats sont un franc succès. En quelques semaines seulement, près de 21 000 personnes ont subi le TNT. En tout, 37 000 personnes ont été testées et traitées en 2 ans.
Source : CM.AMBAFRANCE ; WASHINGTONPOST ; SCIDEV.NET ; Cameroon info.net



