Barreau du Cameroun : la polémique sur le coût des parrainages relancée

Une intervention récente d’une élue concernant l’accès à la profession d’avocat a remis au cœur du débat la question sensible du financement des parrainages, une condition obligatoire pour se présenter à l’examen du Barreau camerounais.
Une offre d’aide qui divise
La députée Françoise Puene a annoncé son intention d’aider des candidats à obtenir les parrainages requis auprès d’avocats en exercice. Cette déclaration a provoqué la réaction immédiate du bâtonnier de l’Ordre, qui s’y est publiquement opposé, y voyant une ingérence extérieure dans les affaires internes de la profession.
En réponse, l’avocat Christian Bomo Ntimbane a défendu l’initiative de la parlementaire, qualifiant la controverse de « fausse polémique » et estimant légitime sa volonté d’accompagner des jeunes dans cette démarche.
Le cœur du débat : la tarification des parrainages
Au-delà de cet échange, c’est la pratique financière entourant ces parrainages qui est pointée du doigt. Selon des sources au sein de la profession, certains avocats exigeraient des sommes substantielles, allant de 200 000 à 600 000 francs CFA, pour accorder leur signature. Ces tarifs seraient particulièrement élevés lorsqu’ils proviennent de confrères médiatiques ou reconnus.
Cette situation soulève un problème d’équité, notamment pour les candidats issus de milieux modestes, pour qui cette charge financière constitue un obstacle majeur à l’entrée dans la profession. Des voix s’élèvent pour interroger l’absence de condamnation officielle de ces pratiques par les instances ordinales, qui se sont pourtant empressées de réagir à la proposition de l’élue.
Certains observateurs estiment que l’intervention de Françoise Puene, perçue comme une forme de « générosité », pourrait menacer un système informel de revenus pour certains praticiens, qui compenseraient ainsi des difficultés dans leur exercice professionnel.
Vers une régulation officielle ?
Face à ces révélations récurrentes, la question d’une régulation tarifaire est évoquée. L’idée de fixer un montant officiel, symbolique ou plafonné, pour les parrainages est avancée comme une piste pour apaiser les tensions, garantir un accès plus équitable à la profession et mettre fin aux débats périodiques sur le sujet.
Cette affaire met en lumière les tensions entre la tradition corporatiste du Barreau, soucieuse de son autonomie, et les pressions externes en faveur d’une plus grande transparence et équité dans le processus de recrutement. L’évolution de la situation sera un indicateur de la capacité de l’institution à moderniser ses pratiques tout en préservant son ethos.



