Cameroun- Sally Nyolo : De retour avec « Zayéné »

Cameroun- Sally Nyolo : De retour avec « Zayéné »
Sally Nyolo, immense artiste ici au Cameroun, autour des années 1960, paraît avoir 40 ans. Son pagne est d’un raffinement typiquement féminin, aux couleurs éclatantes, comme le sourire qui illumine son visage. Sa voix, connue à travers le monde, est douce et calme, telle celle d’une grand-mère.
« Je suis vraiment navrée, je suis très occupée cet après midi, j’ai peur de ne pas avoir assez de temps à vous accorder pour votre interview, mais Montez dans le taxi, nous discuterons en route. » S’adresse la star de la musique camerounaise à nos équipes sur le terrain.
Sally Nyolo est accompagnée de Gérémie Suffo, génial créateur d’instruments à partir de déchets, musicien à l’oreille absolue et de Junior Nbok, tous deux comédiens dans sa troupe.
Visiblement rompue à l’exercice, elle dirige elle-même l’interview en se présentant succintement et oriente vite vers son combat.
Sally est née à Eyen-Meyong, à 70km de Yaoundé, en pays Éton, à 13 ans, elle arrive à Paris. Dès son adolescence elle chante dans des groupes, mais c’est à la fac qu’elle en fait une activité professionnelle. Entre 1982 et 1994, elle chante comme choriste pour Jacques Higelin, Sixun, Nicole Croisille, Touré Kunda, Princess Erika et bien d’autres… Parallèlement, dès 1991, elle entame une carrière solo et fonde son groupe en 1993, année où elle est l’invitée du Womad de Peter Gabriel.
S’en suit une ascension permanente, en 1994, elle intègre le groupe Zap Mama, en 1996 elle sort son premier album, en 1997, elle reçoit le prix découverte Radio France Internationale ( RFI ), Le jury, présidé par Manu Katché, consacre ainsi l’album « Tribu ».
Dès lors, sa carrière s’étale sur les 4 continents, entre tournées en Amérique, au Japon et en Europe. Auteur de 08 albums produit par Sony Music, Sally Nyolo, en 2000, compose pour Yannick Noah « No Mèléne Me Ziga Nda ».
Coeur de mère
Sally, dont le coeur est resté en Afrique, s’engage pour son continent. Elle fonde Tribal Production, sa société de production à vocation non commerciale. En 2006, elle sort, des hauteurs du Mont Fébé, surplombant Yaoundé, Studio Cameroun, le premier album de son label, destiné à mettre en valeur les artistes africains.
C’est en 2016 que l’UNICEF vient lui demander de prendre sous son aura la lutte contre les mariages précoces des filles. Elle devient donc, lors de la Coupe d’Afrique des Nations féminine, ambassadrice de l’UNICEF. Elle parcours le pays à la rencontre de jeunes filles dont l’enfance a été volée par le mariage. Elle en ressort bouleversée et dès lors même dans ces chansons elle porte ce combat. En 2018, elle crée « Zayéné », une comédie musicale dénonçant sur le ton de l’humour ces mariages pédophiles.
C’est pour cela que le taxi entre dans la cour du Buenavista, un restaurant galerie du quartier chic de Bastos. Sally, nous montre la parcelle attenante, en contre-bas, qu’elle vient d’acquérir. Elle va y faire ériger une scène pour que les clients du restaurant puissent emplir leur âme dans le même lieu que leur estomac. -« Le 6 et le 7 mars, au palais des sports, auront lieu les premières de Zayéné, en compagnie de la première dame, mais c’est ici, dit-elle en montrant ce minuscule champs, qu’aura lieu la vraie première, le 5 mars. », confie t’elle.
-« Vous savez, ce n’est pas seulement un combat camerounais. Ici, 13,4% des filles sont mariées avant 15 ans, mais dans l’état de New York, avec les Mormons, c’est pareil, en Asie aussi! »
Dans le retour vers sa résidence du Mont Fébé, elle explique avec un certain dépit, que même si le mariage des mineurs est interdit au Cameroun, avec la corruption il est facile de rajouter 10 ans sur un acte de naissance lorsqu’on l’établi, parfois 10 ans après la naissance. C’est ainsi que des gamines de 8ans se retrouvent dans les bras malsains de, parfois, vieillards. Les parents, soumis aux traditions, dont la fille est une charge, ne voient que la chèvre offerte en dot.
Le calme qui ressort de son discours dénote terriblement avec l’horreur de ses propos. Il est vraiment perceptible que ce combat est sien, du plus profond de ses entrailles, car dès lors qu’elle entame le sujet, son regard si doux, si maternel, change. Il devient inquiétant, triste, révolté.
Elle espère que la situation due au Covid en occident va bientôt se résoudre pour pouvoir exporter sa comédie musicale et son combat sur les scènes du globe car, comme elle aime le répéter, ce n’est pas seulement un combat africain.
Mais, il est 17h30, un autre RDV lui impose d’écourter l’interview, elle s’excuse platement, comme si ses mots n’avaient pas assez remplis nos calepins et nous raccompagne avec politesse à la barrière de son studio.

Sally Nyolo, chanteuse, musicienne, conteuse, ambassadrice UNICEF, présente avec sa troupe, « Zayéné », une comédie musicale dénonçant les mariages précoces des filles; les 6 et 7 mars, au palais des sports de Yaoundé.
P.Plantevit avec Jonas Abena



