Cameroun- Barrage hydroélectrique de Lom Pangar: Le mode de vie des communautés riveraines perturbé

Cameroun- Barrage hydroélectrique de Lom Pangar: Le mode de vie des communautés riveraines perturbé
Depuis la construction de cette infrastructure et la création en 2010 d’une aire protégée dans cette partie du pays, le poisson et la viande de brousse peinent à rallier les assiettes des populations. Pour cause, des petits ruisseaux sont envahis par les eaux du barrage et la chasse dans le parc national est proscrite.
«Edc nous a nourri d’espoir en nous promettant qu’après la mise en eau du barrage, nous aurons du poisson en abondance, et à vil prix. Mais quand nous partons au débarcadère, c’est à peine si les pêcheurs nous regardent.» Ces propos de Faroukou Kombo, cultivateur dans le canton Képéré Deng Deng ; village proche du barrage hydro électrique de Lom Pangar ; traduisent l’inquiétude et la déception des populations face aux difficultés qu’elles éprouvent pour s’approvisionner en poisson.
En effet, depuis l’avènement en 2012 du barrage et du lac de retenue ( 540 Kilomètres carré de superficie ), l’accès au poisson est devenu un véritable chemin de croix pour les consommateurs locaux. Habitués des pêches dans les rivières, leur technique rudimentaire et archaïque non adaptée pour les étendues plus profondes représente un réel obstacle. Puisque selon eux, ces étendues ne sont pas différentes de ce qu’ils ont qualifié « de la mer. »
«Les petits cours d’eau où les femmes pêchaient souvent pendant la saison sèche, sont tous engloutis par le lac. Là-bas à Ouami ; c’est déjà comme la mer. Malheureusement, nous ne connaissons pas pêcher dans la mer. » se lamente Jacqueline Assounga, tenancière d’un restaurant à Deng Deng.
Il faut remarquer, l’activité de pêche jadis tenus par les autochtones est devenue la propriété des pêcheurs venus du Nord Cameroun. Parmi lesquels, les Massa, les Mousgoum, et les Kotoko. Ils sont plus aguerris aux techniques de pêche dans les lacs de retenue. A ces groupes s’ajoutent des étrangers, tels que les Tchadiens, les Maliens et les Nigérians. Ces derniers vivent tous dans des campements de pêcheurs installés autour du lac.
Le bas qui blesse
Après investigations, il ressort que ces pêcheurs travaillent à la solde des financiers installés dans les grandes villes du pays. Des sources dignes de foi dévoilent que ce sont eux qui contrôlent toute la chaîne de production. Ils fournissent aux pêcheurs, du matériel de travail de qualité supérieur tel que des pirogues à moteurs, des filets et bien d’autres. En retour, les pêcheurs renvoient aux destinataires, l’essentiel du poisson du lac. Conséquence, les prix au débarcadère de Ouami sont hors de porté pour les populations locales qui plus est, doivent monnayer les services d’un démarcheur pour se procurer le sesame.
« Ce lac est conditionné », confie Dieudonné Mekoudou, 2ème notable du village. « quand vous arrivez au bord seuls les grossistes sont servis; nous qui venons pour la consommation domestique, personne ne s’occupe de nous. Parfois on nous chiffonne ». Poursuit le notable.
Une situation qui plonge davantage les habitants de Képéré Deng Deng dans la précarité.
« Regardez comment le village est vide, même les petites filles qui se débrouillaient à vendre le poisson au bord de la route sont découragées, aujourd’hui quand vous arrivez ici à Deng Deng, la faim va vous tuer. On misère ici ; et c’est pourtant cette activité qui permettait à ces petites filles d’envoyer leurs enfants à l’école. Tu achètes trois petits poisson à 1100f c’est pour avoir quel bénéfice, on souffre ! » lâche Jacqueline Assounga, dans la colère.

Comme le poisson, la viande de gibier trempe dans la même sauce. Ce qui enrichissait l’alimentation des populations en protéine animales n’existe plus. Avec la création du parc national de Deng Deng en 2010, la chasse est désormais interdite. Tous ceux qui en avaient fait leur gagne pain quotidien, sont eux aussi au chômage. À la moindre erreur, l’étiquette de braconnier leur est collé sur le front. Par conséquent, la seule activité qui leur permettait d’envoyer les enfants à l’école n’existe plus. Même les deux directeurs d’écoles rencontrés se plaignent. « jusqu’à présent (Ndlr 14 janvier 2021) les parents n’ont pas encore payé l’écolage des enfants. » D’après eux, la raison est simple, « Ils étaient tous des pêcheurs et des chasseurs». Réponse confortée par Jacqueline Assounga avant de poursuivre. « On avait applaudi quand on nous a annoncé la création du Parc. Maintenant le Parc est venu nous tuer ! On n a pas de viande. Les gens d’ici sont des carnivores. On ne mange que la viande. Nous, on ne consomme pas les légumes »
Cependant, dans un soucis d’équilibrer les informations à disposition, nous avons approché les responsables du ministère de l’élevage des pêches et industrie animale ( MIINEPIA ). Une démarche restée improductive. Ces derniers ont choisi le silence. Pour leur part les éco gardes du parc national de Deng Deng ont indiqué sont clairs. Ils affirment respecter la loi et les consignes.
Ebénizer DIKI de retour de Deng Deng, avec le soutien de PULITZER CENTER



