Cameroun-Exclusif: Roger Etomo Zogo écrit au prochain président

Cameroun-Exclusif: Roger Etomo Zogo écrit au prochain président 1
Félix Etogo Zogo, Ecrivain

Le nom du futur président se dessine, la Lékié quant à elle, se positionne. Roger Etomo Zogo, digne fils de la Lékié écrit au futur président.

Mr  ETOMO Zogo Roger      Monatélé, le 31 Juillet 2018
Fils de la Lékié                                        ——————–
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LETTRE AU PROCHAIN PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DU CAMEROUN
Monsieur Le Futur Président de la République,
Au moment où, devant l’histoire et devant les hommes, vous vous engagez à solliciter les suffrages du peuple pour conduire aux destinées de notre nation et inaugurer ainsi une Nouvelle République, il m’échoit ce jour, en tant que fils de la Lékié, de vous faire part des préoccupations, des attentes, des ressentiments et inquiétudes des populations de ce département.
D’emblée, qu’il me soit permis de rappeler que la Lékié sur le plan national peut légitimement revendiquer quelque statut de puissance sur les plans démographique, économique, intellectuelle ou politique, dont aucune force ou aucune autorité à Yaoundé ne devrait ignorer le poids et l’importance, s’il veut conquérir, mais surtout consolider son pouvoir.
La Lékié est le premier soutien incontestable de Yaoundé, depuis le règne du président Ahidjo  jusqu’à celui de Biya, tant sur le plan régional que national. Avec une population  de près de 300000 habitants, elle constitue la 2e grande concentration démographique de la région du Centre, la 18e du Cameroun et la 3e composante ethnique dans la ville de Yaoundé. Sa forte et dynamique élite intellectuelle, ses atouts économiques et son potentiel électoral en sont le principal argument.
L’homme de la Lékié, fier de lui-même, (à ne pas confondre avec quelque folie) se caractérise par une force de caractère hors du commun ; il pense ce qu’il dit et dit ce qu’il pense. Son discours est donc à distinguer des écriteaux, des stéréotypes que véhiculent quelques laudateurs passionnés et autres exégètes de la pensée unique, tassés dans certaines formations politiques ou les couloirs du pouvoir, qui à proprement parler, ne leur servent que comme des gages pour des prébendes et des strapontins divers. Courageux, entreprenant, dynamique et hospitalier, il refuse d’être confiné dans une officine, fût il, celle qui règne. Il sait donner sa parole et surtout la tenir et en retour attend qu’on le respecte. Il faut lui éviter le ’’kong politique’’, qui pourrait être fatal et se retourner contre son commanditaire.
Sa ’’fidélité légendaire’’ et ’’son indéfectible attachement aux institutions républicaines’’ ont certainement produit quelques fruits, mais une rétribution et une compensation proportionnelle restent toujours à questionner.
’’Quand Yaoundé respire le Cameroun vit’’ ; oui, l’on pourrait allègrement ajouter dans la même logique, ceci sans prétention exagérée, que : ’’la Lékié est le poumon de Yaoundé’’. La Lékié assume fièrement sa casquette aux multiples facettes de grenier, de bastion ou de bouclier sécuritaire du siège des institutions.
Il est donc aisé d’entrevoir que prétendre gouverner à Yaoundé en toute sérénité, aspirer à savourer la quiétude d’une gestion paisible  des affaires du pays et vouloir s’assurer quelque soutien infaillible, vous aurez, entre autres impératifs, et au-delà  des contingences politico-idéologiques ou partisanes, à adresser certaines questions primordiales, qui émanent des profondeurs du département.
Seulement, ne vous y méprenez pas, vous devriez contourner les salons feutrés, éviter les palais de marbres de quelques élites de Yaoundé, où logent des sortes de NdjouNdjous financiers, qui vous occultent les vrais préoccupations, qui au jour le jour, s’amoncèlent au point de devenir à la longue de véritables bombes sociales difficiles à désamorcer. Ne vous fiez pas uniquement à la seule image, idyllique et paradisiaque, qu’ils présentent. Ils développent le faux argumentaire selon lequel, la Lékié occupe une place indéniable et inégalée dans les conquêtes hégémoniques des communautés nationales des différentes sphères que sont l’emploi public, les postes de pouvoir, les infrastructures publiques, les rentes économiques et n’a ainsi pas d’autre devoir que d’assurer le vote ’’a ntet ntet’’(100% en langue Eton) au parti  au pouvoir.
Oui, l’on ne manquera pas d’exhiber, tels des trophées de guerre, quelques actions humanitaires du CERAC à grand renfort de publicité à Okola ou à Obala, ou quelques actions sporadiques et très éparses de quelques élites dans leur giron, comme preuve intangible de leur grande sollicitude, perpétuant ainsi  l’idée très répandue d’un département particulièrement chéri. Cette embellie de façade ne peut en aucun cas dissimuler la misère réelle et profonde d’une population désespérée, toujours à l’attente d’initiatives nouvelles porteuses.
Sans vouloir la réduire à une terre totalement en friche, la Lékié reste comme cette jeune fille, coquette, resplendissante de santé et de beauté, au sourire hilaire, que convoite habituellement les jeunes du village, et dont aucun malheureusement ne réussit à lui dire son amour, prendre sa main, pour enfin aller célébrer les grandes noces et savourer la belle lune de miel.
Ne vous leurrez pas. Allez au fin fond du département pour exhumer de la grande marre de misère l’âme meurtrie d’une bonne frange de cette population.
Contrairement aux à priori, vous trouverez des gens pour qui, le courant électrique ou l’eau courante restent une véritable chimère, des gens qui ont difficilement accès à un centre de santé à cause de l’éloignement, des gens qui voient leurs petites récoltes, fruits de leur dur labeur au bout de l’année  pourrir en raison de l’indescriptible enclavement qui rend impossible leur écoulement vers les centres urbains.
Non, ne vous laissez pas détourner, faites vous-même un tour loin des centres d’Obala, Sa’a, Monatélé, Okola… Allez plutôt à Ondondo, Womkoa, Mbilmana, Ebomzout, Nkolekotsing, Eban Minala, Koan, Nloudou, Betsinda, Ekok, Etaka…Descendez dans ces zones éloignées, au cœur même du département. Troquez vos véhicules 4×4 pour les motos. Allez-y, parcourez même  à pied, arpentez ces sentiers qui conduisent dans de modestes chaumières et cabanes, à l’orée de ces contrées perdues. Vous y verrez l’autre Lékié, cette Lékié-là dont aucune représentation ne peut donner les vrais contours. Là, trônent des jeunes exaspérés, désespérés et mortifiés par le chômage, de pauvres paysannes à l’échine courbée par une misère ineffable, des vieillards affalés sur la véranda mastiquant quelques feuilles de tabac, dont le bruit accompagne ces regards muets qui scrutent désespérément l’horizon. Certainement, vous trouverez, des hommes sans voix, qui ne sont pas forcément acquis au vieux discours officiel, habilement articulé et véhiculé.
Voici une économie non exhaustive des questions à adresser.
1. La reconnaissance et la prise en compte de la spécificité des différentes composantes sociologiques du département. Les Eton, les Manguissa, les Batchenga font de la Lékié un groupe assez homogène sur le plan linguistique. Seulement, comme le Cameroun, c’est une sorte de chaine faite de maillons fortement imbriqués, dont chacun a cependant une spécificité particulière dans la construction collective.
2. La stigmatisation du groupe Eton, en tant élément de la grande famille Beti, est à proscrire. Ils sont, comme tous les autres, victimes de la mal gouvernance généralisée, qui ne profite malheureusement qu’à un petit cercle. Oui, l’homme de la Lékié souffre autant que son frère de Muyuka, AkomII, Yoko, Doukoula, Ngong, Darak, Ketté, Batibo, Bankim, Nsem, des problèmes d’eau, d’électricité, de route, de chômage, de pauvreté, de maladie…
3. La mise sur pied d’un vaste programme d’équipement en infrastructures de transport et de communication visant le désenclavement de la majorité des zones rurales permettrait de reconquérir les cœurs. La boucle de la Lékié, Lobo-Okola-Evodoula-Monatele-Saa-Obala, cette route sensée relier les villes du département entre elles, reste la sempiternelle revendication et principale source d’insatisfaction des fils du département.
4. La sorcellerie (à coté du phénomène des églises réveillées) reste toujours une grande préoccupation. Il serait opportun de prendre des mesures énergiques pour endiguer cette gangrène millénaire aux conséquences désastreuses. Beaucoup de villages du département sont délaissés par la jeunesse, qui, fuyant les affres des pratiques de sorcellerie, migrent vers les grandes villes. Nombre de projets engagés sont ainsi abandonnés avant leur terme par leurs initiateurs. Une répression vigoureuse par les tribunaux coutumiers et les juridictions civiles, une sensibilisation et une éducation continue des populations devraient pouvoir y contribuer efficacement.
5.  La chefferie traditionnelle, qui recèle un riche patrimoine ancestrale et un héritage historique inestimable, nécessite une réforme fondamentale, en vue d’un meilleur arrimage à la modernité. Dans cette perspective, des actions de renforcement continu des capacités, d’autonomisation économique, l’harmonisation de certaines pratiques coutumières communes (uniforme, tenue de palabre, cérémoniel d’intronisation, conduite des cérémonies mortuaires, rite de veuvage, dot…), la réhabilitation des palais des chefs à la gloire d’antan, permettraient d’éviter toute décadence, toute clochardisation par l’élite politico-administrative et restaurer la notoriété perdue de cette grande institution millénaire.
6. La mise sur pied de structures industrielles, la promotion et l’encadrement des entrepreneurs ruraux, la diversification des cultures de rente. Ainsi, la création des complexes industriels ou des mégapoles, permettant la transformation des produits du terroir tels le cacao, la banane, le manioc, le mais ou la tomate, générait une forte valeur ajoutée induisant des avantages en terme d’offres d’emploi jeunes, de réduction de l’exode rural, d’investissements sociaux…
7. Favoriser l’émergence et l’expression de toutes les forces politiques et sortir  ainsi de l’illusion infructueuse du monopole par une seule formation politique. Et pourtant, il est avéré qu’un foisonnement d’opinions favoriserait une alternance véritable; elle-même source d’une émergence intellectuelle et économique.
8. Une gestion moderne et équitable de la question foncière. C’est une lapalissade de dire que la Lékié manque de terres encore en friche. Les maigres terres disponibles sont aux mains d’une minorité. Le régime foncier qui s’appuie sur l’ordonnance de 1974, lequel requiert essentiellement une mise en valeur probante antérieure, gagnerait à être repensée pour tenir compte des exigences de la modernité caractérisée par une forte propension à la mobilité urbaine et au mixage des populations. Chose qui induirait une certaine facilité d’accès à la propriété foncière et sa sécurisation.
9. La femme et la jeunesse méritent  une attention nouvelle. Des mesures visant une plus grande autonomisation de cette frange assez importante de la population, à travers la multiplication de structures d’encadrement plus adaptées et plus fonctionnelles (maisons et centres de formation professionnelle de la femme, centres multifonctionnels, centres multimédias…), permettraient ainsi de mettre un terme aux manœuvres viciées de robotisation, d’infantilisation et d’asservissement  de celles ci par une certaine classe politique.
10. L’option de décentralisation de la vie nationale, en dépit des efforts de transfert effectif des compétences, des pouvoirs et des moyens aux Collectivités Territoriales Décentralisées que sont les communes, requiert un véritable coup d’accélérateur, notamment des actions visant une plus grande autonomisation, afin de pallier le déficit d’appropriation des compétences transférées et surtout la faiblesse de l’assiette fiscale, véritable frein à l’émancipation de nos municipalités.
L’on pourrait ainsi activer l’approche participative dans la gestion des affaires locales, car le développement devrait procéder d’une implication effective des populations.
Le syndicat des communes de la Lékié bien encore en balbutiement mérite une plus forte attention, au même titre que les différents exécutifs municipaux eux-mêmes.
11. Revalorisation du riche potentiel patrimonial du peuple Eton à travers  un recensement exhaustif  et la réhabilitation des figures historiques du département (Ossende Afana, André Marie Mbida, Ateba Ebe, Zogo Fouda Ngono, Ndzomo Christophe…) qui sont pour la plupart ignorées sur le plan national. Ainsi, l’on pourrait ériger des monuments à la dimension de leur gloire, dans nos différents chefs lieux d’arrondissement. Egalement, la construction d’une maison de la culture, d’un musée de l’art Eton et l’institution d’un forum ou d’une grande foire artistique et patrimoniale tournante, contribueraient de manière décisive à la conservation de cette mémoire perdue.
12. La Lékié a mal à ses enfants qui croupissent dans les prisons  du pays. A tord ou à raison,  l’on considère que ses dignes fils (Zogo Andela,  Olanguena Awono,  Ntongo Onguene,  Ayina Owandja…) sont écroués pour des mobiles essentiellement politiques. Une accélération, ou mieux une clarification des procédures judiciaires enclenchées pour les uns et une amnistie pour les autres, participeraient d’un réel souci d’apaisement et une main tendue à ce peuple meurtri, dont cependant le patriotisme n’a jamais tari.

Monsieur Le Futur Président,

Connaissant vos grandes capacités managériales, vos convictions éthiques et morales, vos qualités avérées d’Homme d’Etat, votre grande notoriété, compte tenu de vos nobles ambitions affichées en vue d’une alternance réelle, pacifique, et un développement économique du Cameroun, je ne doute pas un seul instant que vous accorderiez une importance certaine à ces préoccupations récurrentes des fils de la Lékié.

Veuillez croire, Monsieur le Futur Président de la République du Cameroun, l’expression de ma profonde considération.

Monsieur Etomo Zogo

Abena Jonas
Journaliste et web journaliste, directeur des publications du journal Afrikinfo.net, Température  Contact : 697608331 ( Whatsapp ) Email : [email protected] // [email protected]