Cameroun : Pagou mise sur les binationaux pour reconstruire les Lions

Le football camerounais traverse une phase de transition majeure. La Fédération camerounaise de football (Fécafoot) a confié les rênes de la sélection nationale à David Pagou, qui succède à Marc Brys. La mission du nouveau technicien est claire : reconstruire les Lions Indomptables en vue de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025, prévue au Maroc.
Une rupture générationnelle assumée
La première décision de David Pagou a marqué une volonté de tourner la page. Plusieurs joueurs emblématiques, piliers de l’équipe ces dernières années, ont été écartés du groupe. L’attaquant Vincent Aboubakar, le gardien André Onana et le défenseur Michael Ngadeu-Ngadjui ne font ainsi plus partie des plans du sélectionneur pour cette nouvelle ère. Cette décision radicale vise à rajeunir l’effectif et à insuffler une nouvelle dynamique.
La stratégie du recrutement de binationaux
Pour combler les départs et renforcer le collectif, la Fécafoot a opté pour une politique active de recrutement de joueurs binationaux évoluant dans les championnats européens. Cette approche cherche à intégrer des profils formés dans des académies de haut niveau, avec l’objectif d’élever le niveau technique de la sélection. Cependant, cette stratégie n’est pas sans écueils, comme l’a illustré le choix du défenseur Yann Aurel Bisseck de représenter l’Allemagne plutôt que le Cameroun, malgré les sollicitations.
La dépendance à ces joueurs, souvent courtisés par plusieurs fédérations, comporte des risques en termes d’engagement et de disponibilité. Par ailleurs, elle soulève des interrogations sur le message envoyé aux talents formés localement, qui pourraient percevoir une carrière en Europe comme un prérequis indispensable pour prétendre à la sélection nationale.
L’équilibre avec le championnat local en question
Alors que les efforts se concentrent sur l’international, la question de la place des joueurs du championnat camerounais se pose. De nombreux observateurs estiment que le vivier local, riche en potentiel, est insuffisamment valorisé et représenté en équipe nationale. Historiquement, les plus grands succès des Lions Indomptables, comme le titre continental de 2017 ou les parcours mondiaux de 1990 et 1994, reposaient sur un savant mélange entre joueurs locaux et expatriés, unis par un fort sentiment d’appartenance.
Pour éviter une déconnexion entre la sélection et son bassin de formation naturel, des voix s’élèvent pour prôner un meilleur équilibre. Des propositions émergent, comme l’instauration d’un quota minimal de joueurs évoluant dans le championnat domestique dans les listes de sélection, ou le renforcement des passerelles entre les clubs locaux et le staff national pour améliorer la détection et le suivi des jeunes talents.
Le défi pour David Pagou et la Fécafoot sera de construire une équipe compétitive tout en préservant l’identité camerounaise du collectif. L’enjeu est de taille à l’approche de la CAN 2025, où les supporters attendront de voir les premiers résultats concrets de cette reconstruction ambitieuse.



