Fouapon Alassa plaide pour une réforme des nominations publiques

Le débat sur le renouvellement des cadres dans les administrations publiques et les entreprises parapubliques est relancé par un appel à une réforme profonde des processus de nomination. Fouapon Alassa, universitaire à l’Université de Yaoundé I, défend l’idée d’une transition vers un système fondé sur des critères objectifs et vérifiables, rompant avec les logiques de clientélisme.
Un cadre rigoureux pour une sélection objective
La proposition centrale vise à remplacer les nominations discrétionnaires par un processus encadré par des exigences claires. Il s’agirait de définir publiquement, pour chaque poste, un profil précis aligné sur les missions stratégiques de l’institution concernée. Les compétences techniques, l’expérience avérée et la capacité à produire des résultats concrets constitueraient le socle intangible de la sélection.
Au-delà des qualifications, l’intégrité morale est présentée comme un pilier complémentaire et non négociable. Une vérification préalable du parcours éthique et de la réputation professionnelle des candidats est suggérée pour renforcer la crédibilité des choix opérés. L’argument avancé est que la compétence sans probité affaiblit les institutions, tandis que l’intégrité sans expertise technique en limite l’efficacité.
Rajeunissement et performance : concilier les exigences
La volonté d’insuffler un sang neuf aux structures étatiques est considérée comme légitime, à condition qu’elle ne soit pas symbolique. Selon cette analyse, le rajeunissement doit reposer sur la capacité démontrée des jeunes cadres à porter des projets et à atteindre des objectifs précis. L’instauration d’un cahier des charges, d’obligations de résultats et d’évaluations régulières permettrait de faire de l’âge un critère secondaire, la performance devenant la mesure ultime.
Pour prévenir le favoritisme, une évaluation périodique des dirigeants nommés, basée sur des indicateurs transparents de gestion et de réalisation d’objectifs, est présentée comme une garantie essentielle. Ce mécanisme de redevabilité viserait à lier directement le maintien dans les fonctions à la capacité à produire des résultats tangibles pour la collectivité.
Équilibre national et consultation pour renforcer la légitimité
La question de la représentativité géographique est également abordée avec prudence. L’analyse souligne qu’une concentration récurrente des nominations sur des élites issues de régions déjà surreprésentées au centre du pouvoir pourrait nourrir un sentiment d’exclusion et de frustration dans d’autres territoires. La compétence doit rester le critère cardinal, mais une attention à une diversité équilibrée, reflétant la pluralité nationale, est jugée nécessaire pour consolider la cohésion sociale et la légitimité des institutions.
Pour crédibiliser l’ensemble du processus, l’implication d’acteurs indépendants est proposée. La consultation de la société civile, des ordres professionnels et d’experts universitaires lors de l’identification des profils pourrait apporter un regard technique et indépendant. Cette ouverture, sans transférer le pouvoir de décision finale, aurait pour vertu de renforcer la perception d’équité et de réduire les suspicions de partialité.
En définitive, cette réflexion plaide pour un changement de paradigme : passer d’une culture de la proximité ou de l’allégeance à une culture de l’exigence et du résultat. La transparence des critères, l’examen de l’intégrité, le souci de l’équilibre national et l’institutionnalisation d’obligations de performance sont présentés comme les leviers pour transformer les nominations publiques en engagements au service de l’intérêt général.



